Rencontres #1 (Des abattoirs à abattre)

CHRONIQUES RETRO TESTERINES-14

 

                       Rencontres (#1)

 

DES ABATTOIRS A ABATTRE

 

           Certains jours, trouver un article pour le lendemain dit « de tête », c’est à dire faisant le gros titre de la rubrique, s’avère difficile dans une actualité locale parfois maigrichonne. Fort heureusement, il existe le dieu des correspondants de presse qui veille sur eux et, miracle, au juste moment, arrive une rencontre qui va sauver la situation. C’est ainsi qu’un soir de novembre 1990, photographiant la démolition des abattoirs municipaux délabrés, je rencontre devant des ruines fumantes M. Debernard, un boucher arcachonnais du quartier de l’Aiguillon un peu nostalgique car il a travaillé avant la guerre dans cet établissement et qui s’en souvient. Son témoignage me pousse à raconter l’histoire assez extraordinaire de ce bâtiment et qui illustre les difficiles relations entre La Teste et Arcachon. Voici l’article paru à ce sujet le 29 novembre 1990.

 

       Squattés, lépreux, ravagés : les bâtiments des anciens abattoirs municipaux situés en bordure sud de la R.D. 650 contiennent près d’un siècle d’histoire locale agitée. Evocation …

 

En 1888, alors que le général Boulanger poursuit ses vains rêves de pouvoir politique, l’Etat républicain, en la personne du préfet de la Gironde rappelle aux municipalités l’obligation faite aux bouchers, charcutiers et tripiers de tuer veaux, vaches, cochons et bœufs dans des abattoirs dûment contrôlés. Finis donc les sacrifices d’animaux dans les arrière-cours des boutiques ou dans des granges en bois vermoulu, très éloignées des maisons.

 

Contrainte et forcée la municipalité testerine décide donc de construire des abattoirs. Ce qui va s’avérer plus facile à dire qu’à faire … Donc, on choisit l’endroit et l’on dresse des plans. On construit deux bâtiments, avec bureau d’octroi, sur une partie de l établissement Montagné, le long de la craste Douce. Coût de l’opération : 197 043, 75 f. La concession d’exploitation est accordée pour quarante-cinq ans à une société bordelaise spécialisée aux mains de Melle Eyquem et de MM. Périé et Lemarchand.

 

Tout aussitôt, le tablier sanglant est levé, notamment, par les bouchers arcachonnais. Ils refusent carrément de payer les taxes prévues par les exploitants et ils savent très bien que, désormais, ils n’échapperont plus facilement à l’octroi puisque les « pèle- gigots » surveillent tous les mouvements commerciaux. Le préfet se alors fâche et traîne les récalcitrants devant la justice. Des cascades de procès s’ensuivent. Tel celui intenté par le sieur Bréaud, tripier de son état, qui argue du manque d’arrivée d’eau dans les installations officielles et qui refuse d’y venir. Il perd son procès et proteste vivement et publiquement des cinq cents francs de punition !

14-Troupeaux Abattoirs 1

En 1910, nouvelle tempête. Afin de défendre l’hygiène publique, une loi interdit tout abattage des animaux chez les particuliers. En serait-ce fini des traditionnelles « tuailles de porc », celles dans lesquelles Marguerite Dufaur voit « le principal épisode de la chanson de geste de l’année campagnarde » ? Indignation dans les maisons testerines. Mais le plus gros de la bourrasque vient du quartier du Cap Ferret, alors testerin. Faudra-t-il que ces habitants embarquent leurs cochons sur le « Courrier du Cap » pour venir les faire égorger à La Teste ? On interroge le préfet. Il est bien possible qu’à ce jour, il n’ait pas encore répondu…

 

La Grande guerre finie, les escarmouches locales entre Arcachon et La Teste peuvent enfin reprendre. En 1921, alors que 500 000 kg de bétail sont abattus chaque année, voilà que la municipalité arcachonnaise décrète : « Les taxes sanitaires votées seulement par La Teste ne peuvent s’appliquer qu’aux Testerins ». Et elle ajoute, pour faire bonne mesure : « C’est un gendarme retraité, tout à fait incompétent, qui contrôle l’état sanitaire des viandes ». Donc, elle ne paiera plus. L’affaire grimpera jusqu’au Conseil d’Etat où elle dormira jusqu’en 1936. Et ce n’est donc pas l’électrification du site en 1923 qui éclaircira la situation… (A suivre)

 

Jean Dubroca.

 

Légendes photos : 1-Les abattoirs municipaux testerins inaugurés en 1936, photographiés avant leur démolition en 1991 (Photo : Studio Images- « Sud-Ouest »)

                                   2- Troupeaux près de la fontaine Saint-Jean. ( Col.part)

  

 

 

 

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