Rencontres #3 (Le dernier témoin)

CHRONIQUES RETRO-TESTERINES-16-

par Jean Dubroca

                 Rencontres (#3)

          

LE DERNIER TEMOIN

Poursuivant des recherches sur le très ancien abattoir municipal testerin, un lecteur me permet de rencontrer M. Debernard, un boucher arcachonnais du quartier de l’Aiguillon qui a travaillé dans cet établissement et qui s’en souvient. Voici la suite de l’article paru à ce sujet le 29 novembre 1990.

 

  1. Debernard se souvient très bien de l’inauguration des abattoirs, en janvier 1936. « Mme Gassian avait mis une belle robe. Il y avait au moins trois-cents invités endimanchés. Et comme on n’avait pas autre chose, on a inauguré les installations en tuant un âne. Mais, attention : proprement, au pistolet d’abattage, car tout était moderne là-dedans ». Et M. Derbernard d’évoquer les soixante bœufs ou vaches et les cent quatre-vingts cochons révolvérisés chaque semaine. Il poursuit : « Trente-sept bouchers venaient régulièrement. Sans compter les charcutiers, les tripiers, les fermiers. Pour leur donner des forces, on leur vendait une barrique et demie de vin par jour ! ».

Si, en avril 1935, on avait bien évoqué l’idée d’un raccordement des abattoirs au chemin de fer tout proche, rien n’avait été réalisé depuis. « Si bien, se souvient encore M. Debernard, que les animaux arrivaient en troupeaux depuis la gare. Il fallait traverser toute la ville avec cet équipage et quand des moutons tombaient dans le Bassin, c’était toute une affaire pour les repêcher ! »

Un mois après l’inauguration, le 1èr février 1936, alors que mille Croix de Feu se réunissent à Arcachon dans la salle Molière toute neuve, aux cris de : « Travail, Famille, Liberté », le conseiller municipal d’opposition, Ramon Bon, pose au maire, Marcel Gounouilhou, une question beaucoup plus terre à terre sur le sujet récurrent … des taxes d’abattage. Comme on est en pleine campagne électorale et que les socialistes ont le vent en poupe, les centristes locaux gagnent du temps en trouvant un accord avec leurs homologues testerins mais si bancal qu’il est aussitôt remis en cause par les opposants.

En avril 1936, Pierre Dignac est élu de grande justesse avec 6462 voix contre 6324 à son adversaire SFIO, M. Guillet. Dès son élection, le député est tellement assailli de soucis que les problèmes de son abattoir lui semblent secondaires. Le Front populaire ne parle-t-il pas de supprimer la base aérienne de Cazaux       et d’interdire les lotos de fin d’année ? Pourtant, les subventions pour l’abattoir n’arrivent pas, les crédits manquent et les fournisseurs envoient des sommations … L’établissement est-il menacé ? (A suivre)

Légendes photos : 1 – Les abattoirs dans leur état en 1990.

                                   2- M. Debernard devant l’étal de sa boucherie arcachonnaise. (Photos : Studio Images. « Sud-Ouest ».

  

      

LIRE le deuxième épisode : Un spectacle d’horreur

 

LIRE le premier épisode : Des abattoirs à abattre

 

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