Anniversaires #2 (Cinquante ans de train II)

CRONIQUES RETRO-TESTERINES -49-

par Jean Dubroca 

                     Anniversaires (2)

CENT CINQUANTE ANS DE TRAIN (II)

 

Un train nommé désir

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* L’arrivée du chemin de fer à La Teste n’a pas été une affaire simple. Voici le récit de cette entreprise dans un article publié le 5 juillet 1991, sous le titre :

 

                                 « La loco de grand-papa revient »

 37 Train en 1850

– Gros émoi dans La Teste en ce 12 février 1832, lorsque le maire, M. Fleury, convoque en toute hâte son conseil municipal. L’affaire est tellement d’importance qu’il y a aussi invité MM. L’Hôtellerie, commissaire de Marine et Bourdey, Receveur principal des Douanes, ainsi que les principaux négociants de la ville « qui le félicitent de cette prévoyance ». C’est que, dans une lettre datée du 12 février de l’année en cours, le préfet de la Gironde lui a répondu au sujet d’une correspondance à lui envoyée par M. Fleury. Missive dans laquelle il a évoqué un sujet dont on parle beaucoup ici : le chemin de fer envisagé entre Bordeaux et Saubusse, dans les Basses-Pyrénées. Or, voilà que M. le Préfet lui demande de lui faire savoir, avec diligence, « le bien et le mal qu’il pense de ce chemin de fer ». Il s’agit ensuite d’en informer la commission d’enquête, requise depuis le 24 février 1830, qui doit statuer sur le projet. Deux années de délais : bel exemple de lenteur administrative, d’attentisme prudent ou de manœuvre politique ?

Tracé voie ferréee ouest

Réponse : on comprend la cause des atermoiements préfectoraux lorsque le haut fonctionnaire finit par annoncer le pire aux Testerin ce qui, aussitôt, soulève un tollé dans la ville. La voie ferrée envisagée irait de Lamothe directement vers… Sanguinet « laissant de côté Le Teich, Gujan-Mestras et La Teste » ! Le procès verbal de la réunion du conseil testerin convoqué en urgence devant cette révélation est formel : « Lecture à peine terminée de la lettre de M. le Préfet, une opinion unanime outrée se manifeste spontanément ». On crie «  à la ruine infaillible du commerce, présente et future, du port d’Arcachon ». Jean-Pierre Fleury, fils du maire que sa fonction de chef de bataillon de la Garde nationale conduit au sang-froid et à la modération lit un mémoire « qui exprime la pensée profonde du Conseil : le train doit venir à La Teste ». La lucidité et l’esprit d’entreprise manifestés alors par les Testerins sont tout à fait remarquables, dans une époque où « le taureau de fer et feu » en inquiétait beaucoup. D’ailleurs, beaucoup d‘habitants locaux s’inquiétaient. Parmi eux, des viticulteurs de Pessac qui craignaient de voir leur vin gâté par les émanations des machines,(*) des chasseurs à la tonne des bords de Leyre, certains que le sifflet des locomotives chasseraient les oiseaux ou des habitants de Meyran craignant, à juste titre, l’inondation de leurs terres à cause des remblais nécessaires à la voie ferrée.

 

Le 5 avril 1832, nouveau courrier du préfet qui va laisser sans voix le maire et son conseil. Le fonctionnaire écrit : « afin de ne pas embarrasser le concessionnaire du chemin de fer ni la détermination des Ponts et Chaussées, je ne suis pas intervenu au sujet de votre demande sur la ligne de chemin de fer. » Mais attention : il n’est pas resté inactif puis qu’il précise : « J’ai transmis le tout à M. le ministre des Travaux publics ». Le conseil testerin, le souffle coupé, déclare alors : « nous n’avons pris aucune détermination ». On le comprend puisque ses déconvenues en matière de transport s’accumulent : le pont sur le ruisseau de Menant s’écroule et le canal des Landes débouche à La Hume et non sur La Teste !

 

Finalement, le 3 août 1838, MM. les gérants de service du comité de chemin de fer de Bordeaux à La Teste écrivent au maire pour lui dire « les immenses avantages de la voie ferrée qui doit accroître prospérité et richesse ». Ils prêchent des convertis puisque depuis six ans la municipalité attend désespérément cette ligne pour équilibrer un budget en déficit. Elle donne donc aisément son accord à toute construction pour la voie ferrée sur le territoire communal d’autant plus facilement que tout s’y fera bâti -gare y compris- sur des terrains de la Compagnie qui, d’ailleurs, y établira un plus tard un lotissement lucratif.

 

Cependant, tout n’est pas achevé. Alors que la bataille du rail vient d’être gagnée par les Testerins, voilà que, le 22 octobre 1845, le Conseil apprend avec stupeur qu’un chemin de fer prévu vers Bayonne pourrait bien ne pas emprunter le tronçon de voie passant par Lamothe. Aussitôt les élus se débattent et crient de nouveau à la ruine. Heureusement, la banque Pereire en décidera autrement, on sait pourquoi puisque, comme espéré depuis longtemps par La Teste, le train apportera une très grande richesse. Mais la manne sera surtout pour Arcachon.

 

Jean Dubroca

 

(*) Curieux de constater, à près de deux siècles d’écart, que les vignerons de Sauternes redoutent le tracé de la LGV Bordeaux-Toulouse qui les priverait des effluves bénéfiques du Ciron.

 

– Légendes photos :

 

1- Un train en 1830. (Col. part.)

2-L’ouest de la voie ferrée Biganos-La Teste tracé cers 1835 par MM.de Vergès en Bayard de la Vingtrie, Ingénieurs des Ponts et Chaussées. (A.D.33)