Anniversaires #3 (L’U.S.T, le Phénix du rugby)

CHONIQUES RETRO-TESTERINES (50)

 par Jean Dubroca

                   Anniversaires – 3 –

 

L’U.S.T, LE PHENIX DU RUGBY

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* On se saurait évoquer l’histoire locale testerine sans évoquer le rugby.

Voici une chronique écrite à l’occasion d’un grand événement : la remontée du club local en division nationale, en 1993. Car l’épopée rugbystique testerine a été faite de hauts et d’autant de bas dont il a fallu beaucoup d’efforts et de dévouement collectif pour en sortir.

 

 

– En 1905, le rugby débarque à Bordeaux, ville britannique s’il en est une en France. De la capitale girondine à celle du pays de Buch il n’y a qu’un pas, vite franchi. Si bien que, dès 1906, André Dubos et Léon Marquet mettent sur pied et sur crampons l’Union sportive testerine afin de pratiquer ce tout nouveau sport qui connaît très vite un grand succès dans le sud-ouest, tant il est vrai que chaque poste de chaque équipe correspond à tous les gabarits de sportifs que l’on trouve dans chaque village : le gros, le léger, le rapide, le lent mais inébranlable, etc. Finalement, l’histoire retiendra que le premier match de l’U.S.T se déroule en octobre 1906, contre la vaillante équipe de Podensac. Après la Grande guerre, l’U.S.T se remet de cette tragédie et repart de l’avant si bien qu’en 1921 elle parvient à disputer le championnat de France de 2ème division. Trois ans plus tard, après un match homérique qui met la ville en émoi, l’U.S.T. réalise l’exploit de battre l’Olympique de Paris, ce qui la hisse vers le paradis des rugbymen : la 1er division !

42 -1 Rugby en 1906

Mais les temps sont durs et, très vite, l’U.S.T. descend de nouveau à la fin de la saison. Ce serait oublier combien le rugby local est issu de la volonté farouche de résiniers et de marins, habitués à la dure ! Voilà pourquoi en 1933-1934, le club testerin, renforcé par des joueurs échappés de communes voisines et par des aviateurs de Cazaux, grimpe de nouveau au zénith de la division nationale. Hélas : la roche tarpéienne est très proche du Capitole ! Lentement, la situation du club se dégrade et, en 1937, ses dettes sont si élevées qu’il faut se résigner, la mort dans l’âme, à vendre jusqu’au bois des tribunes pour éponger le déficit. Et comme un malheur n’arrive jamais seul, voilà que le propriétaire du terrain, alors situé près du port, « se le reprend » ! C’est la débandade : les joueurs s’expatrient vers les clubs voisins et notamment ceux de la région bordelaise. Mais ce n’est pas le désespoir. La preuve : dans le sinistre automne de 194O, le docteur Hamard recrée une section rugby dans l’A.S.T (association sportive testerine) à laquelle ce sport reste affilié jusqu’en 1982, date à laquelle renait l’U.S.T.

 

Mais, en 1940, il faut tout reconstruire et ce n’est qu’en 1950 que le rugby testerin retrouve enfin la 1ère division. Alors, tout le monde s’accroche si fermement à la barre que, pendant onze années consécutives, l’A.S.T reste en haut de l’affiche en recevant des clubs les plus huppés : La Rochelle, La Voulte, Aurillac ou les terribles basques hendayais. Et dans les livres de comptes, pieusement conservés, on admire encore les chiffres de la recette du match avec Pau : 1500 entrées  payantes pour 7120 francs de recettes. De mémoire de trésorier, on n’avait jamais vu ça en un demi-siècle.

 

Hélas ! Le sort s’acharne sur les Testerins. Il prend l’affreux visage du « règlement, c’est le règlement » qui les terrasse. Bien que huitièmes de leur poule, ils doivent laisser leur pace au TOEC. Une décision encore vécue encore aujourd’hui comme la pire, la plus abjecte, la plus infâme des injustices sportives jamais vécues, jusqu’à ce jour funeste, de par le monde sportif français. Et voilà, pire du pire, qu’en l’année 1963, éclate la catastrophe de Beaumont-de-Lomagne, lors du match qui aurait permis la remontée. Mais on ne l’évoque qu’en catimini, avec amertume, en regardant la pointe de ses espadrilles ou bien la ligne verte des cimes des pins de la plaine Bonneval. On ignore toujours quelle tragédie a bien pu se jouer dans le secret des vestiaires, alors que le score est de trois partout à la fin du temps réglementaire. Ce qui est sûr, c’est que les Testerins, entrainés par M. Duzert, doivent subir l’affront de Beaumont qui leur a tout aussitôt, filé le triste record de dix-neuf points ! On s’interroge toujours pour deviner l’infâme avanie subie ce jour-là et que les dieux du rugby local ont imposé à l’AST avec des effets parfaitement inimaginables, quelques minutes avant le début cette mémorable rouste.

 

Alors, tout va se déglinguer par la suite si bien qu’en 1975, le club échappe de peu à l’humiliation suprême de la descente en série régionale ! Le reste, jusqu’en 1993 est une autre histoire.

Jean Dubroca

 

 

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Aujourd’hui, l’UST a fusionné avec le rugby-club d’Arcachon. Une décision raisonnable sans doute mais très mal vécue par certains Testerins car le rugby, c’est d’abord de la passion. D’où cette remarque d’un vieux supporter local du rugby : « Mais vous savez bien qu’il n’y a plus de rugby à La Teste ! ». D’ailleurs, des articles très récents constatent que le rugby local manque beaucoup de supporteurs… Mais pas d’enthousiasme pourtant.

 

 

– Légendes photos :

 

  • La première équipe de rugby à La Teste en 1906. (Cliché S.O. Collection Perruchon.)
  • L’UST en 1931, trois ans avant la montée en nationale. (Col AST)