Un Noël en 1950

Souvenirs d’enfance #1

Noël à Paris en 1950

par Régine Rosenthal

C’était l’après guerre et les familles se remettaient doucement et péniblement du séisme qu’avaient engendré 5 années d’austérité et de frustration.

Les tout premiers Noëls de mon enfance furent donc merveilleux grâce à la reprise économique. Celle-ci était aux antipodes des préoccupations de la petite fille de 4 ou 5 ans que j’étais alors: en effet, le père Noël n’était pas censé avoir subi la guerre. poupee-env-1945_7704-copie

Je me souviens avec émotion des jouets de cette époque, prélude aux 30 glorieuses. On trouvait surtout des jouets en bois et en matériaux « nobles ».

J’entends encore résonner le son aigrelet de la clochette annonçant le passage du père Noël. Et je revois s’ouvrir la porte du salon, comme mue par un esprit invisible, laissant découvrir à mes yeux éblouis le sapin illuminé au pied duquel avaient été déposés par des mains tendres et discrètes, un ravissant berceau alsacien pour ma poupée en celluloïd, une dînette en céramique décorée à la main, l’une des toutes premières cuisinières électriques ( un luxe pour l’époque) accompagnée d’ une vraie batterie de cuisine en aluminium aux manches de porcelaine émaillée, un Mécano ( j’étais un peu garçon manqué), un kaléidoscope, et une boîte de « fondants » aux couleurs pastels. Ces objets m’ont laissé un souvenir si émouvant que je me suis employée  a préserver ce patrimoine enfantin au fil du temps.

mecano-1950_7713 Le sapin qui montait à l’assaut du plafond, était illuminé par des dizaines de bougies blanches ou rouges selon les années. Elles chauffaient si dangereusement les branches du conifère aux essences balsamiques que mon père disposait immuablement un grand seau d’eau a proximité, car au loin retentissaient toujours dans la nuit parisienne, les nombreuses  sirènes des voitures de pompiers qui accouraient à la rescousse des propriétaires de sapin embrasé. Les guirlandes électriques furent inventées bien plus tard, sans parler des LEDS qui transforment maintenant en féerie les places et avenues de toutes les villes, du plus petit village, jusqu’au plus modeste balcon. Si les progrès techniques ont  amélioré la sécurité, l’invasion des jouets en matière plastique et électroniques a fait perdre une grande partie de leur charme aux jouets d’aujourd’hui!

Régine Rosenthal

(Photos RR)