Adalbert Deganne, collectionneur méconnu

TALENTS DU BASSIN   (#2)

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HISTOIRE : « Adalbert Deganne, fondateur d’Arcachon

                             et amateur d’art ».

Par Christel Haffner-Lance.

 

 

 

 

Christel Haffner-Lance est une historienne de l’art qui s’est beaucoup intéressée aux peintres du Bassin. D’où plusieurs de ses publications soit, aux éditions « Le Festin », soit à la Société historique et archéologique d’Arcachon. Et l’intérêt de la brochure bien documentée qu’elle consacre à Adalbert Deganne, (1817-1866), l’un des pères d’Arcachon, sinon son père – ce que le livre retient- et, en tous cas, celui qui lui a donné tout son lustre architectural et urbain.

L’auteur y souligne son rôle important dans le développement de la cité, ne serait-ce que grâce à ses liens étroits avec les frères Pereire et aussi parce qu’il fut un collectionneur d’art éclairé, ce qui est beaucoup moins connu. Beaucoup moins en tous cas que son château qu’il fit construire en 1850 pour prouver, entre autre, que l’on pouvait construire du « lourd » sur le sable dunaire.

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Le château de Deganne, nous dit Mme Haffner-Lance, aurait pu devenir l’écrin d’une importante collection de tableaux qui aurait trouvé en ce lieu poétique son musée puisque qu’il fit donation à la nouvelle ville des œuvres d’art qu’il avait acquises. Une opération qui, en plus de son intérêt pour l’art, l’introduisait parmi la bourgeoisie bordelaise qui, pourtant, voyait en lui un « parvenu ». Un sentiment d’ailleurs partagé par des notables arcachonnais qui le combattaient vivement, autant à cause de l’influence qu’il avait dans la ville que de ses réalisations qui renvoyaient celles de ses détracteurs à leurs réelles dimensions taillées dans la médiocrité d’une bourgeoisie locale plus affairiste qu’entreprenante d’envergure.

Malgré cette animosité, Deganne va léguer la quasi totalité de ses très importants biens immobiliers à Arcachon et même un gros capital destiné à entretenir un musée et un hôpital qu’il aurait voulu créer. Hélas ! Par un curieux codicille à son testament découvert par son exécuteur testamentaire, Ferdinand de Maupassant, Deganne furieux « des calomnies qu’il connaît dans sa ville », remet ce legs à sa commune natale (Vertus, dpt de la Marne) qui, curieusement, le refuse. Tout comme Arcachon en 1893 ! Décidemment, on ne pardonnera jamais à Deganne sa réussite ! Même encore aujourd’hui, son buste a disparu de l’hôtel de ville arcachonnais et rien, dans le théâtre Olympia, ne rappelle qu’il en fut, sur ses fonds propres, le premier bâtisseur. Résultat de ce mépris, à peine masqué à l’époque : il faudra attendre plus d’un demi siècle pour que la ville ait un hôpital public et elle n’a toujours pas de musée.

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Pourtant, la brochure de Mme Haffner-Lance montre qu’un tel musée aurait pu être des plus intéressants. En s’appuyant sur la comparaison entre l’inventaire établi après le décès de Deganne et le catalogue de la vente de ce qui restait de ses tableaux, elle raconte sa passionnante enquête, toujours en cours, qui lui permet de retrouver la trace de ces œuvres, signées, par exemple, Achille Bénouville, Léo Drouyn ou Gustave Garaud. Ici, on connaît bien Drouyn mais Garaud et Bénouville sont aussi des paysagistes de talent du XIXème siècle, à l ‘irréprochable technique et que l’on qualifie parfois bêtement de « pompiers ». Bien d’autres artistes « classiques » sont encore cités ce qui constitue l’original intérêt de ce livret. Et qui montre bien tout ce qu’Arcachon a perdu.

J.D.

 

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– « Adalbert Deganne, fondateur d’Arcachon et amateur d’art ». Par Christel Haffner-Lance. Préface de Michel Boyé. 80 p. 12 reproductions. Broché. Les éditions du Palais. (2016). En vente à la Librairie Générale à Arcachon.