Mots et images : regards poétiques sur le Bassin

TALENTS DU BASSIN (#26)

par Jean Dubroca

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LITTERATURE : « Regards poétiques sur l’océan et le bassin d’Arcachon ». Textes de Philippe Ducassou, photographies de Michaël Surtees.

 

            Certes, les ouvrages photographiques sur le Bassin ne manquent pas tant il est changeant de couleurs et de formes, riche d’empreintes humaines et couronné de forêts qui seraient immuables si les vents océaniques ne s’y apaisaient en se perdant dans les pins et en rampant sur des eaux à peine mouvantes. Ce que résume bien Jean Daniel lorsqu’il écrit : « tout ici est réuni pour le bonheur, la proximité du Bassin et de l’Océan, le climat printanier sans excessive chaleur et l’environnement d’une grande civilisation qui peut rivaliser avec la Toscane ». Or, l’album de Ducassou et Surtees exprime de manière peu courante cette subtilité environnementale car ces deux auteurs, le premier poète et le second photographe, s’y sont associés dans un élégant dialogue entre des mots d’une simple poésie et des images aux légères couleurs. Sous une couverture illustrée d’une inévitable car emblématique pinasse –elle, dont Gilbert Sore disait : « elle est comme un flèche qui rivalise avec le vent »- ils ont réussi un livre dont ils expliquent ainsi la naissance : « Une passerelle s’est installée entre nous deux et nous avons pris ensemble le chemin de la création, l’un pour fixer à jamais les merveilleux clichés offerts par dame Nature, l’autre pour composer avec les mots de notre belle langue ». Le résultat, ce sont donc es deux « Regards poétiques sur l’océan et le bassin d’Arcachon », (*) sincère témoignage de deux talents qui expriment leur attachement s à notre « Petite Mer ».

Philippe Ducassou est né à Bayonne en 1953, c’est pourquoi il dit : « j’ai toujours eu la passion de l’océan. Les vagues et le vent furent mes deux grands maîtres ». Devenu girondin avec ses activités professionnelles, la retraite venue il s’est installé à Lège-Cap Ferret. Pourquoi ce choix ? « Je suis adepte de surf et de voile et j’apprécie les grands espaces de liberté et les immenses plages sauvages de notre région qui me sont devenus une source inépuisable d’inspiration ». Michaël Surtees habite, lui aussi, dans la presqu’île où il exerce le métier de photographe. Il a débarqué ici en venant de Durban en Afrique du Sud et, comme son compère, il pratique le surf. Mais il ajoute : « J’adore arpenter les plages à la nature indomptée sous le ciel aquitain dont la luminosité me subjugue. C’est l’assurance pour moi de saisir ces instants furtifs de connexion avec les éléments naturels ». Sur les chemins des vagues et des plages, c.es deux artistes ne pouvaient donc que se rencontrer. Résultat : des clichés qui saisissent parfaitement les lumières toujours nouvelles qui illuminent l’océan et le Bassin et des mots qui parlent avec un bel unisson aux images .

De nombreux aspects des paysages de notre contrée sont donc ainsi associés à de courts poèmes. A chacun d’eux, correspond un texte écrit dans une langue simple, voire naïve mais touchante de sincérité. Ainsi un « Matin de surf », côtoyant la vision des ailes d’une énorme vague blanche et bleue « tantôt câline, tantôt furieuse »,  évoque « le bal masqué de l’Océan » qui apporte « un flot d’ivresse au creux de mon épaule … un instant sacré mais éphémère, un Eden qui a le nom de liberté ». A l’opposé de ces puissantes immensités mouvantes, nos deux artistes se penchent sur les vies les plus minuscules et les plus statiques, tels ces champignons, « quatre mycètes en danseuses pour le grand bal des vénéneuses ». Associé à une photo en noir et blanc, une épave de bois toute tordue devient, sous les mots du poète, « un serpent croque soleil ». Quant à l’incongru et massif blockhaus, tel ce même serpent, il devient « l’esprit malsain, le côté vil du genre humain ».

Voilà donc un plaisant rapprochement de textes et d’images qui montre bien ces nombreux aspects nuancés du Bassin dont Pierre Frondaie disait  autrefois : « il évoque on ne sait quelles Polynésies, quelles Indes du temps de la Bourdonnais, d’autres lointains encore quand les ruches de maisons marinières prennent dans le soleil couchant un aspect d’estampes japonaises et de visions égyptiennes quand y glissent des voiles primitives… » Car c’est là un autre attrait du livre de Ducassou et Surtees : il montre bien que, par un petit miracle, ces charmes subtils du Bassin existent toujours aujourd’hui mais pour qui sait les découvrir et les vivre sereinement.

J.D.

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(*) « Regards poétiques sur l’océan et le bassin d’Arcachon ». Philippe Ducassou et Michaël Surtees. En vente sur le site : www.surteesphoto.com. 25 €. Exposition à « La Fabrique », 100, rue Ampère à La Teste, (Z.I) jusqu’au 5 juin.