Les appeaux d’Okeanos : Une collection exceptionnelle

46- TALENTS DU BASSIN

par Jean Dubroca

 

– Collectionneurs : Okeanos ouvre la cage aux appeaux.

 

Une cabane du port de La Teste(1) : c’est bien là le cadre idoine qu’il fallait à l’association testerine Okeanos, présidée par notre ami académicien Michel Doussy, pour montrer une extraordinaire collection, d’appeaux, d’appelants et de leurres de chasse anciens, la plus importante du littoral Atlantique. En observant bien qu’en langue gasconne, l’appeau, c’est un appelant, c’est à dire, selon les lois sur la chasse : « un objet utilisé par l’homme et imitant plus ou moins fidèlement un animal  pour l’attirer ». Et, comme pendant des siècles et des siècles, il a fallu au chasseur beaucoup d’imagination pour vaincre la méfiance de l’animal, les appeaux qu’il a fabriqués révèlent d’étonnants aspects que l’exposition d’Okeanos permet de découvrir.

Car l’appeau est, d’abord, une illustration des surprenants efforts que l’homme, en tous temps et tous lieux, a faits pour inventer des « trompe-oiseaux », beaucoup plus commodes à utiliser que l’appelant vivant utilisé cependant encore dans nos régions par les chasseurs à la tonne ou par les « paloumbayres » (2) qui usent d’un haut système de cordes et de poulies soutenant des appeaux agités par l’habile machinerie d’un immense théâtre naturel.

Donc, pour se faciliter la vie à fabriquer ces leurres, le chasseur a commencé par utiliser ce que la nature lui offrait. C’est ainsi qu’il a enfilé pièce à pièce des glands qui, en reconstituant les articulations de l’oiseau, donnaient l’illusion de son mouvement. Ou bien, il a construit son animal factice à l’aide d’une pomme de pin qui a l’avantage de donner la forme du squelette du volatile. Puis, pour faire plus réaliste, en utilisant la résine de l’arbre, il a collé sur la pigne des morceaux d’écorces d’arbre ou des écorces diverses. Et pour faire plus vrai encore, il a affublé le tout de plumes et il a même parfois perché le tout sur de maigres bouts de fil de fer imitant à merveille un échassier, bon à déguster. Enfin, pour appâter les gibiers d’eau, il a sculpté leurs formes dans des morceaux de bois qui pouvaient flotter et qui se révélaient beaucoup moins fragiles que les collages antérieurs.

Puis, toujours dans le désir d’approcher la vérité animale, il a décoré son bois de couleurs et de sculptures, imitant de mieux en mieux celles des palmipèdes ou autres créatures volantes. Cela, sans doute davantage pour se faire plaisir et préparer la chasse avec jubilation que par souci d’efficacité. Car le canard ou l’oie volant très rapidement, soit à haute altitude, soit au ras des flots, sont plus sensibles, disent les spécialistes, à la forme générale de l’appeau qu’à ses fioritures.

 

En fait, la recherche de ce réalisme est comme l’expression d’un lien entre l’homme et la nature et une espèce d’hommage que lui rend le chasseur. Art pariétal, pas loin… Une manière d’exprimer toute la variété des eaux et aussi leur puissance, en fabriquant ces petites sculptures souples et légères mais qui donnent toutefois une impression de force vivante. Et comme chacun des sculpteurs a voulu mettre un peu plus de lui-même dans sa création, beaucoup aussi de son imagination ou de sa fantaisie, bref de son pouvoir créateur pour exprimer ce qu’il a observé ou aimé dans l’oiseau et la chasse, il existe une multitude d’appelants, tant dans leurs formes que dans leurs couleurs. Dès lors, comme le disent les animateurs d’Okeanos, « tout cela révèle un art animalier, populaire, fidèle, parfois naïf ou fantaisiste, témoins d’une activité créative et du sens inné de l’observation des chasseurs d’oiseaux de mer ». (3)

L’exposition est complétée par des gravures, des photos et autres documents montrant les foules d’oiseaux du Bassin dans tous les moments de leur vie.

 

                                                                                                                                                    Jean Dubroca.

_____________________________________________________________________

  • Digue centrale du port, cabanes n°129-130. Du 27 au 30 décembre (14h./17h.)
  • Chasseurs de palombes.
  • « Sud-Ouest » du 22 décembre 2017.