« Tante Sophie », son aerium et ses nombreux « Amis »…

TALENTS DU BASSIN (48)

par Jean Dubroca

 

Patrimoine : Les Amis de l’aérium d’Arès.

 

A Arès, on l’appelait « Tante Sophie ». Elle, c’est Sophie Wallerstein qui a créé à Arès, non seulement une maison de santé ouverte à tous en 1895, puis aussi une bibliothèque populaire en 1899, mais encore et surtout un aérium en 1913 qui constitue aujourd’hui un élément important du patrimoine bâti local. Riche propriétaire foncière, femme d’affaire avisée, elle continuera de développer son domaine agricole forestier et piscicole après le décès subit de son époux. Elle y adjoindra une usine d’exploitation de la résine et contribuera à la création de la ligne de chemin de fer de Facture à Arès. Sa fortune lui a permis de financer la construction de cet aérium qui, malgré les vicissitudes juridiques ou matérielles qu’il a connues depuis 1970, constitue un précieux témoignage du combat mené en ce début du XXème siècle pour protéger la santé publique et, en particulier celle des enfants et lutter contre la tuberculose. Elle fait partie de cette génération de femmes qui, telles Mmes Fould, ou Chaptal à Paris ont œuvré pour l’enfance en danger, menacée par de difficiles conditions de vie. Des établissements chargés d’accueillir et de protéger ces enfants furent donc bâtis, comme celui d’Arès. C’est à la conservation et à la défense d’un tel équipement historique que s’attachent ses « Amis », bien que, désaffecté en 1970, il ait connu de nombreux pillages.

 

Si les Amis de l’Aérium veulent le protéger c’est que, non seulement, il est un témoignage d’une œuvre sociale remarquable, mais aussi parce qu’il présente un grand intérêt architectural. Il constitue un modèle de construction pour ce type de bâtiment Ses deux architectes parisiens, Charles Duval et Emmanuel Gonse, tous deux Prix de Rome d’Architecture, ont travaillé avec des médecins spécialisés pour en dresser les plans qui furent réalisés par tranches, jusqu’en 1940. L’aérium se remarque d’abord par la parfaite intégration de ses nombreux bâtiments bas et multiformes disséminés dans une vaste pinède, exposée en plein sud, et donnant sur le Bassin. Il surplombe en terrasse une plage de sable blanc à laquelle on accède par un escalier qui ne manque pas d’élégance.

 

Les bâtiments, ceux d’hébergement ainsi que les préaux, associent architectures traditionnelle, locale et contemporaine. Il s’agissait aussi de construire pour durer, dans un souci d’efficacité et d’économie mais aussi de créer un univers à la taille des enfants. Ils se marquent par une dimension réduite des pièces à vivre et du mobilier, par des murets pouvant servir de sièges et de pistes d’équilibre et par des pentes douces de tous les gradins. Mais en même temps, l’esthétique n’a pas été négligée. Les soubassements des constructions sont en pierre facettée et têtuée, les murs en maçonnerie de briquettes du pays, enduites de mortier, peints, coupés par des frises en briquettes décoratives. A l’intérieur et sous des préaux, des charpentes apparentes en bois sont boulonnées et les pièces maîtresses sont peintes. Quant aux sols, ils sont en jolis carreaux de terre cuite, très locaux. Enfin, on y voit de belles fresques murales peintes par Henri Marret, d’inspiration postimpressioniste.

Conserver et restaurer ces bâtiments historiques, c’est aussi rendre hommage à Sophie Wallerstein qui, de confession israélite, échappa de peu, en 1942, grâce à des appuis locaux, à la déportation organisée par les nazis. Elle avait alors confié ses biens personnels et l’aérium à la Croix Rouge. Née en 1853 elle est morte en 1947, dans son château d’Arès, aujourd’hui maison de retraite de la MGEN (Mutuelle générale de l’Education nationale).

 

Jean Dubroca.

(Images XX)

 

 

 

 

Un commentaire

  1. Sans oublier l’accès à la plage en pente douce, toujours visible – quelle magnifique idée ! Reste à espérer que l’Aérium retrouve sa vocation première et ne tombe jamais aux mains des promoteurs…

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