Petits secrets et grandes histoires, O.de Marliave toujours aussi curieux !

53 Marliave. TALENTS DU BASSIN

TALENTS DU BASSIN (54).

par Jean Dubroca

 

Académiciens à l’ouvrage. Olivier de Marliave : « Bassin d’Arcachon. Petits secrets et grandes histoires. Guide du promeneur curieux ». (Ed. Sud-Ouest).

 

 

 

Notre ami Olivier de Marliave recommence un tour du Bassin qu’il avait déjà magistralement raconté à travers son si réputé « Dictionnaire du Bassin ». (Ed. Sud-Ouest), couronné par notre Académie en 2007. Cette fois, d’Arcachon à la pointe du cap Ferret, en une centaine de stations, l’auteur dresse un tableau de tout ce qui fait le charme secret du Bassin à travers des paysages et des hommes, où s’inscrit une sa mémoire parfois étrange, parfois amusante, souvent inédite et, ce qui ne gâche rien, fort bien illustrée. Son ouvrage (*) se parcourt avec le même plaisir que l’on éprouve lorsqu’on ouvre un paquet cadeau, une pochette surprise ou une boîte à malices tant chaque récit que l’on découvre en tournant une page constitue un éclairage étonnant sur le Bassin.

 

Du côté de la « grande histoire », comme on dit, on lira la longue lutte des Testerins pour défendre une forêt usagère encore incluse dans les coutumes du Moyen-Âge, on pourra soupirer sur les malheurs du canal des Landes, rêver aux captaux de Buch, retrouver la grande ombre de Charlemagne protégeant le fantomatique prieuré de Comprian à Biganos. On visitera l’église Notre-Dame de Lanton au superbe style roman, la plus vieille du Bassin car elle a échappé à la rage destructrice du cardinal Donnet. Évidemment, un arrêt devant les ruines gallo-romaines d’Andernos s’impose. Et combien d’autres traces historiques, comme celles laissées par les bûcherons canadiens venus exploiter la forêt pendant la Grande Guerre, comme celles qui suivent le cours de la Leyre et celles, si profondément mystiques, liées à Thomas Illyricus, le père spirituel d’Arcachon. Un autre rappel : figurez-vous que le Bassin parlait gascon et l’évocation du conteur Émilien Barreyre, à Arès, est bien là pour nous le rappeler. Toujours dans le domaine de l’Histoire, on lira le curieux destin du yacht de Rommel, piteusement échoué dans les crassats de l’Aiguillon, tout comme celui tout aussi calamiteux, des bunkers de Pilat ou du cap Ferret engloutis par les sables et les eaux alors qu’ils devaient durer dix mille ans ! Vanitas vanitatum !

 

Plusieurs tableaux sont consacrés aux habitations locales. Celles de Louis Gaume qui créa de toutes pièces une célèbre station balnéaire, celles des Pereire qui élaborèrent une ville où l’on trouve même une villa en fer, une encore dite « hygiéniste », une autre qui ressembla à un temple païen et quelques unes qui servirent au repos du militaire allemand puis français. Sans oublier, plus à l’est, la fantomatique silhouette des « Ruines », construite dans le tout neuf Arcachon comme un château délabré. Du côté des monuments, on connaîtra l’évolution du phare du cap Ferret, les déboires de l’exemplaire aérium d’Arès, l’inattendue chapelle islamo-chrétienne de Piquey, le palace royal d’Andernos qui n’en fut jamais un, le lycée climatique d’Arcachon, modèle d’architecture, le plus grand de France et le château Mader à Gujan-Mestras que l’on croirait sorti d’un dessin animé de Walt Disney.

 

Bien entendu, les hommes et les femmes qui ont fait l’histoire de ce Bassin sont là et bien là. En particulier, des artistes comme Sarah Bernhard et son douloureux passage à Andernos, Dali qui peignit depuis la plage d’Eyrac, Manet qui fit au Moulleau sa première toile ou Albert Marquet qui immortalisa Moulleau, jusque sur les affiches de la Compagnie du Midi ! Mais l’auteur n’oublie pas non plus ceux qui travaillent sur le Bassin et ceux qui ont industrialisé le Bassin : les historiques charpentiers de marine qui ont fait voguer des voiliers mythiques et un chantier naval qui lance des yachts d’une rare élégance, les briquetiers ou les papetiers de Biganos qui ont généré l’une des plus grosses usines de fabrication de papier d’Europe On découvrira aussi des personnages pittoresques, tels le professeur-évêque guérisseur Robert Martin, l’aventurier du Kansas qui fit le bonheur des Audengeois, M.de Sauvage qui importa des dromadaires ou les sportifs qui se mirent en tête de faire d’Arcachon une station de ski. Et tout finit par des mystères : ceux de la Grande Dune, celui de la chèvre d’or, celui des pierres qui bombardèrent une clinique arcachonnaise, ou celui des autochenilles sahariennes égarées dans nos dunes.

 

Bref, les surprises ne manquent pas dans cet inventaire plein d’humour mais fort exactement documenté  : la Vierge vue dans la Ville d’hiver, Jésus apparu à Arès où l’on attend de pied ferme les extra-terrestres, Audenge la capitale mondiale de la sangsue, des marins arcachonnais prisonniers des barbaresques, les étranges rites religieux autour de sources de La Teste ou de Lamothe, ou bien ceux entourant une statue de Saint Yves à Audenge, le charme des rêveries lumineuses du Mimbeau, les baignades dans la plus grande piscine d’eau salée d’Europe et audengeoise ou la découverte des paysages marins de Saint-Brice aux Quinconces, à Andernos, fragiles sanctuaires des paysages traditionnels des rives du Bassin. (Lire Bassin Paradis du 22 mars 2018)

 

Voilà donc un livre qui en surprendra plus d’un et, comme un guide bien fait, qui incitera de nombreux promeneurs à découvrir ces lieux riches du passé du Bassin.

 

Jean Dubroca

 

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Olivier de Marliave : « Bassin d’Arcachon. Petits secrets et grandes histoires. Guide du promeneur curieux ». (Ed. Sud-Ouest).