En forêt, Bertrand Quinton entend les derniers témoins du gemmage

– 62 Talents du Bassin

 

par Jean Dubroca

 

 

– Défenseurs du patrimoine : Bertrand Quinton recense les « pins- bouteilles » de la forêt usagère

 

 

            La forêt usagère testerine possède bien des particularités végétales dont celle de contenir quelques pins dits « bouteilles », ainsi dénommés car leur tronc est très enflé à leur base. A ne pas confondre avec les hauts « pins-borne » qui marquent les limites de propriété. Les « pins-bouteilles » constituent, non seulement une curiosité unique en son genre mais aussi un témoignage précieux sur les activités humaines dans le massif, durant les siècles passés. « Ils forment les derniers témoins d’une époque où le gemmage constituait une ressource économique majeure dans la forêt usagère », explique M. Quinton. (*) C’est pourquoi il lui a semblé intéressant et utile de les répertorier et de les localiser. C’est là le travail qu’il a entrepris depuis bientôt dix ans. Un travail d’autant plus nécessaire qu’il n’existe aucun relevé des emplacements de ces arbres ni même aucun renseignement bibliographique à leur sujet.

 

Ces « pins-bouteilles » proviennent d’une manière de les résiner qu’on appelait « le gemmage à mort ». M. Quinton explique qu’il consistait à pratiquer des « cares » (des entailles dans l’écorce du pin) dans de très vieux pins qui avaient dépassé les soixante ans. On les utilisait alors pendant des dizaines d’années, sans tenir compte des précautions habituelles montrées pour les pins de trente ans où l’on limitait le nombre de « cares » en les opposant sur le tronc, l’une à l’est puis l’autre à l’ouest. Ainsi pendant quatre ans. Puis on laissait l’arbre au repos durant une année. C’est ce qu’on appelait « le gemmage à vif ». Mais le grand nombre d’entailles qui se succédaient sur les vieux pins ont entraîné le renflement si caractéristique de la partie inférieure de leur tronc dont la circonférence peut alors atteindre les quatre mètres. « Le pin poursuit sa croissance entre les entailles et le débordement de l’écorce recouvre les multiples cares  et explique le renflement du bois », dit encore M. Quinton. (*)

 

Aujourd’hui, beaucoup de ces « pins-bouteilles » disparaissent. M. Quinton n’en a plus relevé que trente-cinq au cours de ses multiples investigations dans les endroits les plus reculés des 3.800 hectares de la « Grande montagne ». Mais cet infatigable explorateur-historien précise : « La forêt est immense, il m’en reste certainement encore à découvrir ». (*) L’un des plus remarquables se trouve au lieu dit « Natus du Haut », en bordure de la piste 214, la route reliant, plein ouest, celle de Cazaux à celle de Biscarrosse. On estime qu’il atteint l’âge respectable de deux cents ans ! Mais c’est peu par rapport à celui qu’on appelait « le pin du seigneur ». Les excursionnistes du début de XIXème siècle qui, venant d’Arcachon, traversaient ces espaces boisés en voiture à cheval vers la parcelle Dulet, comme s’ils avaient voyagé en pleine Amazonie, venaient admirer cet arbre mastodonte qui affichait ses six mètres de tour et qui devait avoir dans les 350 ans. Il arrivait donc directement de l’époque des derniers captaux de Buch. Hélas ! Une tempête en 1992 a brisé ce seigneur de la forêt et il n’en reste plus aujourd’hui, avachi sur le sol, qu’un énorme tronçon de huit mètres de long.

 

Bertrand Quinton a fait encore une autre découverte étonnante. Sur la parcelle « Lartigau », il a remarqué un splendide pin-bouteille qui a longtemps résisté aux vents océaniques mais qui se trouve aujourd’hui presque entièrement avalé par la dune qui, M. Quinton l’a mesuré, avance là de cinq mètres par an ! Dans peu de temps, on ne le verra plus, jusqu’à ce qu’il ressorte dans des milliers d’années, véritable fossile du XXIème siècle, libéré des sables qui auront continué d’avancer. Mais, pour l’heure, c’est encore un exemple de la disparition de ces témoins de l’Histoire ce qui prouve bien tout l’intérêt qu’il y a à savoir où sont les autres afin de les protéger.

J.D.

3 mai 2018

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(*) Jean-Baptiste Lenne dans « La Dépêche du Bassin » du 18 juillet 2017.

(**) Photos : « La Dépêche du Bassin » et col. part. de Bertrand Quinton.

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