Le Bassin au bout de la nuit

# 92 – LITTÉRATURE.

– « L’oiseau de nuit » (*) par Philippe Leclerq.

– Voici le troisième roman de cet auteur qui était invité à la Plage aux Écrivains en mai dernier. L’ouvrage se présente en deux parties. Dans la première, il est question de l’enfance et de la jeunesse du héros, Pierre Beaulieu. L’amour sublime pour sa mère, un père lointain « préoccupé par son rang », une enfance compliquée marquée par un rejet « de la rugosité des hommes, (…) pleins  de volonté de domination et d’arrogance ».

Puis vient le moment d’un mariage « décidé dans un délire romantique incompréhensible » mais complètement raté parce que Pierre  ne pourra pas résister à ses pulsions sexuelles qui correspondent à ce qu’il croit être son désir de vivre libre. Mais, bien au contraire et malgré le recours à des psychiatres dont il se moque, cette boulimie sexuelle l’emprisonne dans une vie que, pourtant il  sait pourtant désaxée puisque, dit-il, « les désirs d’un soir sont oubliés dès le matin ».

Dans cette fuite continuelle, parfois lucide, parfois aveuglée, toujours malheureuse devant les réalités de la vie, accélérée par des souvenirs et des désirs inassouvis de son adolescence qui le rongent, Pierre réussit cependant à s’accrocher à un travail dans une entreprise dont il décrit les mœurs avec ironie. C’est là qu’il rencontre André qui deviendra son seul et véritable ami avec lequel « il savourera le temps présent » et partagera, avec autant d’amertume que de jouissance, toutes  les découvertes illusoires de la nuit parisienne, dont « la pêche aux Anglaises et aux Scandinaves ».

Cependant, il souffre de cette soumission aux dérèglements de sa vie, une souffrance aggravée par le décès de son père qui entraînera d’abord la douleur « d’avoir manqué les vraies relations avec lui », puis viendra un  apaisement  coupable car il se sent débarrassé du poids de l’autorité  paternelle. Ses seuls moments heureux, il les passera dans la maison d’André, à Gujan-Mestras. Pour le reste, tout n’est qu’illusion et douleur lorsqu’André meurt subitement et que lui-même  se trouve atteint d’un  cancer.

Ici commence une deuxième partie dont le thème sera la fuite de Pierre dans la luxure la plus débridée, dans la confusion absolue mais avec assez de lucidité pour comprendre que « son drame est d’être resté coincé dans l’enfance, d’être passé de l’adolescence à l’adultère ». Alors, il partira pour son dernier voyage qui le conduira sur les bords du Bassin, hivernal et crépusculaire et qui l’engloutira dans un ultime désespoir.

Intéressants la réflexion générée par ce récit sur la notion de liberté ainsi que le portrait fouillé de cet homme, emporté non pas dans un destin tragique mais broyé dans un tourbillon douloureux qu’il a généré lui-même à cause de son caractère lâche. Mais l’intérêt principal de ce livre se trouve dans son ton émouvant et même tragique, basé sur une introspection impitoyable, rythmée par des dialogues et des descriptions finement écrits. C’est aussi une.  

                                                                                  J.D

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(*) 249 pages. Les Éditions abordables. 18,80 €.

Un commentaire

  1. Je remercie Marie Christiane Courtioux pour ce bel article. Je suis l’auteur de ce roman irrévérencieux et sensible qui offre une plongée singulière dans l’intimite d’un homme cabossé. Une histoire sur la solitude et l’amitié également. Et un hommage au bassin d’Arcachon, refuge hivernal du personnage principal. Encore merci !

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