1920, 9 mai : Affaire Thévenot suite, Saint Yves, passes et balises, courrier de lecteurs…

 

# – 4- L’ACTUALITÉ D’ARCACHON ET DU BASSIN IL Y A CENT ANS                                                ____________________________

par Jean Dubroca   

                 « L’Avenir d’Arcachon ». N° 3498. Dimanche 9 mai 1920 (1ère partie)    

                               Journal des Intérêts Balnéaires, Industriels et Ostréicoles de la contrée

 

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                                            * L’éditorial d’Albert Chiché *

                                              FOURBERIE                  

– Albert Chiché, bien informé, entre dans les coulisses de l‘affaire Thévenot. Il se demande : « M. Thévenot a-t-il renoncé à son projet ? » Voici les divers nouveaux actes de l’affaire qui le poussent à se poser cette question dont la réponse le laisse septique.

– 1/ M. Bon, adjoint à Veyrier-Montagnères, demande des explications au maire, appuyé par plusieurs conseillers municipaux.

-2 / Le maire se fait apporter les plans du projet et fait semblant de les découvrir.

– 3 / Il fait mander d’urgence M. Thévenot. « Le seigneur de Saint-Yves » (2) accourt. 7c150cc4-5913-42b2-b9e7-681ec4e30511Il est accompagné par M. Coggia, ancien préfet de Pau, « mêlé à la combinaison ». M. Bon sorti, « les trois personnages ont une mystérieuse conversation ».

– 4/ Veyrier-Montagnères déclare, à l’issue de cette rencontre : « M. Thévenot, ennuyé des attaques dirigées contre lui, renonce à son projet ».

– 5/ Mais le maire annonce alors : « Je vais me faire abandonner par M. Thévenot ses terrains de Sainte-Eulalie de façon à pouvoir effectuer l’échange avec l’État, dans l’intérêt d’Arcachon ».

– Et Albert Chiché de fulminer : « M. Thévenot, qui n’a donné que 500 francs pour le monument aux soldats arcachonnais morts pour la France, ne peut avoir la générosité de donner à la Ville des terrains qui valent une fortune. S’il veut les vendre, la Ville n’a pas d’argent pour les acheter. Un autre spéculateur peut les acheter et une telle combinaison ne pourrait réussir qu’avec la complicité du maire ».

– Il termine en écrivant : « Cette forêt est le plus bel ornement de notre ville. Ne nous parlez pas là de cité ouvrière et de parc. (3) L’État, à qui elle appartient, n’a pas plus besoin de l’échanger contre des terrains situés à Sainte-Eulalie que vous éprouvez la nécessité de donner votre belle villa ‘’Risque-Tout’’ pour acquérir un carré de choux dans la commune de Fouilly-les-oies ».

 

* Les passes et le chalutage à vapeur *

– M. Rodel, fabricant de conserves à Arcachon écrit au journal

– « Trois marins-pêcheurs arcachonnais ont récemment péri quand un chalutier à vapeur, le « Capelan », s’est échoué en pleines passes du Bassin. (…) Cet échouage n’est nullement attribuable à une faute lourde du Capitaine. L’enquête a prouvé que le capitaine de ce bateau suivait exactement la route que lui indiquaient les balises. Mais par suite d’un manque de surveillance, les bancs de sable se déplaçant sans que le balisage soit modifié, il conduit directement les bateaux sur ces bancs. (…) Voilà pourquoi nos Compagnies de Chalutage à vapeur réclament à grands cris la présence à poste fixe à Arcachon d’un baliseur à vapeur qui assurerait le balisage des passes, seul moyen de rendre confiance à nos marins découragés. Il s’agit de vies humaines à sauvegarder (…) Grâce aux actives démarches de M. Dignac, notre actif député, nous obtiendrons rapidement que notre demande soit satisfaite ».

Balisage de nos jours carte YCBA

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* Des lecteurs veillent *

– Un abonné écrit au journal à propos des Faits de Loublande : « Le prêtre que vous avez cité joue sur les mots. Il fait ce que nous appelons en casuistique des distinguo. (…) Si la chapelle qui abritait la congrégation de Loublande est fermée, sans célébration de la messe, c’est que l’œuvre est condamnée. Votre correspondant qui faisait dernièrement un séjour à Loublande et qui est presque un voyant vous renseignera à ce sujet ».

 

– Un de nos lecteurs nous écrit au sujet de la papesse Jeanne : « Il a été prouvé par les historiens catholiques et même protestants que ce personnage n’est qu’une légende. (4) Je me contente de vous citer l’article très exact du Nouveau Larousse Illustré à ce sujet. Le souci de la vérité vous engagera à corriger l’erreur historique que je vous signale ».

 

* Brinborion en Lune de Miel *

– Dans sa 15e lettre d’Italie, datée du 3 mai 1920, Brinborion écrit depuis les lacs italiens : « Devant ces trois émeraudes entourées de montagnes de diamant où j’ai entamé avec Alice une nouvelle lune de miel. Serrés l’un contre l’autre dans une barque qui nous ramenait de l’Isola Bella à Pallanza nous nous sommes juré de nous aimer toujours ».

 

* On est sauvés ! *

 

– Un maître de la médecine anglaise, le docteur Corrigan, (5) a écrit ceci : « Si l’air d’Arcachon jouit d’une grande réputation contre les maladies de poitrine, c’est à sa grande enceinte de forêt qu’il le doit. Tout l’air est imprégné de l’odeur balsamique de la térébenthine dont les baumes sont des agents médicaux très puissants dans les affections bronchiales.

Mais la coupe des bois ferait gagner plusieurs millions à M. Thévenot. Qu’en pensez-vous M. le Maire ? ».

 

(À suivre)

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  • (1) Sources : Gallica/Bibliothèque nationale française.
  • (2) François Thévenot habite alors la superbe villa « Saint-Yves », couronnée d ‘un élégant clocheton. Cet industriel bordelais qui possède une usine de munitions à Croix d’Hins, a acquis « Saint-Yves » en 1917. Il la revend en 1925. Elle demeure l’un des plus beaux fleurons du boulevard de la plage
  • (3) Thévenot avait promis de réserver une part des terrains pour y construire des logements ouvriers.
  • (4) Effectivement, la liste des papes, quelle que soit la période choisie, ne laisse aucune place pour le pontificat d’une éventuelle papesse. ( Encyclopédie Universelle.)
  • (5) Président du Collège des médecins d’Irlande, il séjourna à Arcachon en 1857.