1922, 30 décembre : réveillons, people, pétrole et…espoir de vaccin !

AV/ 30

     L’ACTUALITÉ  ARCACHONNAISE IL Y  A  PRESQUE  CENT ANS

           AVEC LES PAGES « L’AVENIR » DU  30  DÉCEMBRE  1922
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                       * LE  PÉTROLE DES ABATILLES,  PAR  ALBERT  CHICHÉ *

Voici un éditorial assez surprenant car il évoque des aspects de la recherche de pétrole à Arcachon que la chronique locale ne semble pas avoir retenus.

« On parle beaucoup de ce pétrole d’autant plus qu’on en sait rien. Certains journaux de Paris ont dit qu’on avait trouvé une importante nappe de pétrole au Abatis ’’La Petite Gironde’’, mieux informée que tout le monde, a publié la photo d’un de ces puits inépuisables. Certes on en compte une demi douzaine à droite et à gauche de la route du Moulleau, un peu plus loin que la Farandole, sur la propriété du prince Broglie Revel. Les uns sont creusés par la société bordelaise Florida, les autres par la société Schneider. (…) En outre, des recherches sont commencées à l’Eden et au Lapin Blanc. Bien que le doute soit possible, il semble probable que ces Sociétés n’ont pas engagé de gros frais sans de sérieux indices. (…) Car, pour du gaz, il y a du gaz : des émanations sont souvent constatées dans ces parages. On dit même que la société Schneider songerait à le vendre en bouteilles.

« En attendant, des machines à vapeur fonctionnent jour et nuit à grand fracas, derrière de hautes palissades. On a déjà trouvé du sable, de l’alios et de l’eau. La hausse des terrains a déjà rapporté de gros bénéfices aux propriétaires. L’un d’eux verse de temps en temps quelques litres de pétrole dans un trou creusé au milieu de son jardin. Il y met le feu et les visiteurs racontent partout qu’ils ont vu du pétrole aux Abatilles. Ce lieu pourrait devenir aussi célèbre que Bakou ou Mossoul. Des milliers d’ouvriers peupleront une ville nouvelle mais les rossignols fuiront à tire d’ailes vers de paisibles boccages… ». 

                                             * LES JEUDIS DE Mme BRINBORION * 

« –Brinborion : Comment, Pangloss, vous voulez être sénateur après M. Vayssières ? (2)  Avec la veste que vous attraperez, vous aurez un vestiaire complet !

   – Pangloss : Détrompez-vous. J’unirai tous les Républicains. J’aurai les voix des conservateurs : ils savent que je suis un homme d’ordre ; celles des socialistes : ils connaissent mes sentiments humanitaires ; celles des catholiques dont j’ai  toujours respecté les croyances sans les partager. ‘’La  Liberté’’ me soutiendra alors. Quant à ‘’La France’’, je cours demander aux francs-maçons du conseil municipal de la faire marcher pour moi. (…)   

  – Mme Brinborion : Vous savez que la Chambre des Députés veut voter une loi accordant le droit de vote et d’éligibilité aux femmes de plus de trente ans. Que voterez-vous ?

  – Pangloss : Je la voterai avec un léger amendement : soixante ans au lieu de trente. Il me semble que les femmes peuvent faire de la politique lorsqu’elles sont affranchies des devoirs de la maternité ».

                                             * CORESPONDANCES *

« – M. le Directeur. Les Arcachonnais paient le poisson plus cher qu’à Aurillac ! C’est charmant ! Ce n’est pas le meilleur moyen d’attirer ici les étrangers. C’est aussi un comble de payer ici le poisson  plus cher que les Bordelais aux revendeuses.

     Et que dire de ces nombreux garages si jolis que l’on nous plante un peu partout en ville d’hiver et en ville, à même le trottoir ! Autant de verrues à côté des belles villas. À Biarritz, il n’en est pas de même. On ne construit pas là où on veut comme on veut et l’enlaidissement de la ville est ainsi évité. Signé : un abonné. » 

– Jean Baupuy écrit de Nice. «  J’ai eu le plaisir de voir M. Veyrier-Montagnères qui est à Nice depuis quinze jours. Il m’a dit se porter très bien. Je peux dire que c’est vrai car il une mine superbe. Mais ici la saison ne va pas. Les étrangers sont durs à venir ».

  – Puis il écrit en gascon.

    (Traduction) «  Il fait très beau, les filles, mais il n’y a pas beaucoup de monde ; l’argent est rare. Pour Noël, au lieu de manger des truffes  et un chapon, nous mangerons une grive et elle ne sera pas bien grosse ; au lieu de manger des truffes, nous mangerons des châtaignes ; nous irons ramasser des cornichons ( ?) en nous enfonçant dans la boue, Grégoire jusqu’à l’arrosoir et Jaïot jusqu’au cou. Au revoir les filles ».

                                               * INFORMATIONS *

+ M. Joseph Caillaux (3) vient de louer pour trois mois la villa « Les Orchidées », située place des Palmiers.

+ M. Cambon ambassadeur de France, (4) réside à l’hôtel Continental avec son fils et sa belle-fille. Au même hôtel, S.A.R Eulalie de Bourbon, tante du roi d’Espagne, a déjeuné avec quelques invités,  jeudi dernier.

+ Jeudi dernier, à l’école Saint-Elme, ont eu lieu un service solennel pour les anciens maîtres et les anciens élèves tombés au champ d’honneur et l’inauguration d’une plaque de marbre commémorative de ces glorieuses victimes de guerre.

+ Pour la nuit de Noël on a réveillonné à l’hôtel Victoria. Un menu spécial a été élaboré et un orchestre de premier ordre a joué pour les danseurs les derniers airs à la mode. Qui dira que l’on s’ennuie à Arcachon ?

+ Pour le réveillon du nouvel an, le restaurant  Dufourquet  propose un menu spécial. Soupe au fromage : 2 frs ; soupe de poissons : 2 frs ; huîtres portugaises : 1,50 frs ; saucisses : 2 frs ; pâté de foie gras : 3 frs ; poulet confit : 5 frs ; dinde truffée : 6 frs ; haricots Soissons : 1,25 frs ; Vins : Listrac-Médoc : 8 frs ; St.  Émilion : 5 frs ; Ste. Croix du Mont et Sauternes : 8 frs.

                                                               * LES  RÉCLAMES *

* Les fantaisies parisiennes.

* Les stylos

.                                … ET PENDANT CE  TEMPS, À LA UNE DU «  FIGARO » …

                                                          + Éditorial +

+ Un guide pour Paris en 1923. Pourquoi Paris n’a-t-il pas d’un guide pratique pour circuler et connaître la ville ?

                                                         + Échos du Masque de fer + 

+ Le Conseil de l’ordre de la Légion d’honneur a décidé hier de proposer à M. le Président de la République la radiation de M. Victor Marguerite. (5)

+ Le syndicat des vins de champagne très éprouvés par la guerre sollicite en vain le paiement des dommages qu’il a subis. Il a demandé 33 millions d’indemnité et n’a reçu que 18 000 frs. 

+ M. Gabriele d’Annunzio a assisté très ému à une messe solennelle dans l’église de Gardanne célébrée en souvenir de ses légionnaires tombés autour de lui lors du bombardement de la ville il y a deux ans et où il avait été lui-même blessé.

+ Le roi de Siam a dirigé à Bangkok la mise en scène de Roméo et Juliette, le drame qu’il avait traduit en siamois. 

+ M. Reidar Oeksnevad vient de publier en Norvège la cinquième anthologie des moralistes français : « La philosophie de l’amour en France ». Son œuvre devrait connaître le même succès que les quatre précédentes.

+ L’utilisation des concierges. Un décret vient de paraître à Budapest obligeant les concierges des immeubles à venir faire chaque semaine un rapport à la police sur les habitants de leur immeuble. Il en était ainsi en Russie sous le régime des tsars.

                                                   + Au secours de l’Autriche +

+ La chambre a adopté un projet de loi autorisant le gouvernement français à garantir un emprunt autrichien de 650 millions de couronnes-or. Malgré l’avenir incertain de l’Autriche, les communistes français ont refusé cette garantie en dénonçant « une dictature financière » sur ce pays. 

                                              + Lord Crew a remis ses lettres de créance +

+ L’ambassadeur britannique et le président de la république française ont affirmé la  nécessité de resserrer les liens entre les deux pays, alors que leur victoire commune  a conduit à un berceau d’illusions. 

                                                 + Le bacille de Koch n’est pas vaincu +

+ Malgré de nombreuses recherches, les seuls moyens de lutte contre la tuberculose reste l’opération du pneumothorax et un traitement hygiéno-diététique. Mais le souvenir de Pasteur reste pour nous une belle promesse de succès.

                                                    + Le raid Haard-Audouin Dubreuil +

                                                 La traversée du Hoggar et du Tanezrouft

+ La mission qui traverse le Sahara en automobile pénètre dans une zone particulièrement difficile à parcourir.  

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  • Sources : Gallica-BNF
  • M. Vayssières : Sénateur de la Gironde élu en 1920, inscrit au groupe L’Union. Maire et conseiller général de La Brède. Décédé en 1922. C’est évidemment lui qui est visé par Pangloss.
  •  Joseph Caillaux (1863-1944). Ministre, chef de gouvernement et député Radical. Il a créé l’impôt sur le revenu et se montre partisan du pacifisme libre-échangisme. Sa femme tuera, le 16 mars 1914, Gaston Calmette, directeur du Figaro, qui menait une violente campagne de presse contre son époux accusé de pactiser avec l’Allemagne. On lira à ce propos « Un drôle de pistolet à Arcachon », par Jean-Pierre Ardouin Saint Amand. (Société historique d’Arcachon éditeur). Accusé de trahison, Caillaux s’installe dans la ville Les Orchidées à sa sortie de prison, fin 1922. Députés, chefs de partis, ministres et futurs ministres se succéderont nombreux dans cette villa.  
  • Paul Cambon (1843-1924). Ambassadeur au Royaume uni de 1898 à 1920, il a joué un rôle important dans la constitution de l’Entente cordiale et dans la création de l’Alliance française.  
  • Victor Marguerite (1866-1942). Il sera radié de la Légion d’honneur après le scandale causé par son roman à succès « La Garçonne » dont l’héroïne est une jeune femme indépendante menant une vie sexuelle très libre.              

 

Un commentaire

  1. Merci à Jean Dubroca pour ce travail d’archive et à Marie Christiane pour sa publication…Meilleurs vœux à tous. Amitié Nicole

    Provenance : Courrier pour Windows 10

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