La lettre de Jean Hameau ( #3 fev 2021)

Les Amis de Jean Hameau – présidente Mme Michelle Caubit, secrétaire, M.Jean Marie Chabanne- nous adressent leur lettre #3. Ils y traitent de la venue au monde de Jean Hameau dans le Pays de Buch, dont ils décriront les spécificités en cette fin du 18ème siècle.

Extrait :

Jean Hameau vint au monde le cinq octobre 1779 au premier étage de la demeure familiale. Une matrone aida les efforts de Jeanne lors de sa naissance. En dehors de son rôle d’accompagnement de la maman lors de l’accouchement, la charge essentielle de la matrone était de préparer les nouveaux nés à se présenter devant Dieu pourvus des sacrements du baptême, mandatée pour cela par Monsieur le Curé, pas toujours présent.

Lorsque André Hameau s’en vint en 1771, à La Teste, il arrivait de Saint-Laurent du Bois, sur la rive septentrionale de la Garonne. Il avait choisi d’apprendre le métier de tailleur d’habit, beaucoup moins éprouvant physiquement que celui de tonnelier, comme son propre père. C’est peu de temps après son arrivée à La Teste qu’il fit la connaissance de Jeanne Labourroire. Elle était également une « estrangeyre », puisqu’elle venait de Montfort, dans le diocèse de Dax. Elle rejoignait, en compagnie de sa mère et d’un frère boulanger, des parents installés à La Teste. André et Jeanne, le 12 juin 1773, se marièrent en l’Eglise Saint Vincent, saint patron des vignerons. Ils habitaient dans le quartier de Saubona, où vivaient plusieurs membres de la famille maternelle. André Hameau acquit rapidement une réputation justifiée. Il faisait désormais partie intégrante des habitants de La Teste.

Un premier enfant, Marguerite, naquit le treize mars 1776.

Jean Hameau vint au monde le cinq octobre 1779 au premier étage de la demeure familiale. Une matrone aida les efforts de Jeanne lors de sa naissance. En dehors de son rôle d’accompagnement de la maman lors de l’accouchement, la charge essentielle de la matrone était de préparer les nouveaux nés à se présenter devant Dieu pourvus des sacrements du baptême, mandatée pour cela par Monsieur le Curé, pas toujours présent.

Qu’en est-il du Pays de Buch en cette année 1779 ?

La paroisse est constituée d’un hameau principal d’une centaine de maisons, construites sur les quelques légères élévations de terrain, largement disséminées de ci de là, constituant cependant un bourg. Une tour en ruines existait, seul vestige restant de l’ancien château des Captaux de Buch. Le cimetière se trouvait à proximité de l’Eglise.

Les maisons sont rudimentaires, construites en matériau dur, à partir d’alios et de pierres de lest, importées pour la plupart de Bretagne par les nombreux bateaux de commerce. Autour de chacune d’entre elles, on trouve des lopins de terre où sont cultivés les aliments nécessaires à la nourriture de la famille. Volailles et cochons sont élevés à proximité rapprochée des habitations.

Tout autour du village, s’étendent des zones marécageuses. Des prés salés jouxtent le Bassin, du nord jusqu’aux dunes de sable à l’ouest. Ces prés salés se trouvent recouverts par les débordements du Bassin lors des fortes marées, source de richesse pour les pâturages qui nourrissaient brebis et chèvres.

Les forêts paraissent n’en plus finir, vers le sud et vers l’ouest où elles viennent mourir au pied des dunes, ces dunes qui avancent inexorablement vers l’intérieur des terres, enfouissant chaque année des arbres étouffés par cette marée de sable, qui ne reflue jamais…. Elle est rendue inextricable par endroits, et seuls, peuvent réellement s’y aventurer des charbonniers, des résiniers qui ne quittent leurs forêts que le dimanche ou les jours de fêtes religieuses pour assister aux offices au bourg et faire quelques achats.

L’avancée des sables dunaires constitue la principale préoccupation des habitants de La Teste, mais aussi du gouvernement. Déjà les frères Desbiey avaient effectué, avec succès, des essais pour arrêter la dune ambulante. L’abbé Desbiey rédigea un mémoire « Recherche sur l’origine des sables de nos côtes, sur leurs funestes incursions vers l`intérieur des terres et sur les moyens de les fixer et ou du moins d’en arrêter les progrès », lu le 25 août 1774 en séance publique de l’Académie de Bordeaux. Il faisait état des premiers travaux réalisés vers 1760, afin de protéger les terres des Desbiey, sur la dune de Broque, à Saint-Julien-en-Born, qui fut semée avec des graines de pin maritime mélangées à des graines de genêts et d’ajoncs épineux, entre les clayonnages recouverts de branchages rang par rang et croisés. Malheureusement les jeunes pins furent en partie broutés par les chèvres.

Dans un nouveau mémoire, de 1776, intitulé « Mémoire sur la meilleure manière de tirer parti les landes de Bordeaux quant à la culture et à la population », Guillaume Desbiey est le premier à décrire une méthode de mise en culture des landes de Gascogne avec ses grands espaces vides et presque entièrement incultes, de tristes déserts, des solitudes hideuses, des sables brûlants pendant l’été, des marais et des abîmes pendant l’hiver ; un pays mal sain dans toutes les saisons. Il considère que la sylviculture est à privilégier sur cette terre et plus particulièrement celle du pin maritime, le plus acclimaté de tous les arbres à la qualité des fonds de Landes.

En 1778, l’ingénieur de la Marine et des Colonies Charlevoix, baron de Villers est chargé par le ministre d’Etat Necker d’une mission d’étude de faisabilité d’un canal reliant la Garonne à l’Adour par le bassin d’Arcachon. Dans une note datant de 1779, il dit craindre  que les sables des dunes envahissent les meilleurs terrains et que le bourg de la Teste soit menacé sous peu de temps, et considère la fixation des dunes comme un préalable indispensable à toute possibilité d’établir un port autonome à Eyrac dans le cadre du projet de construction du canal des landes qui réunirait l’Adour à la Garonne.

Quelles sont les Ressources du Pays de Buch ?

L’agriculture est surtout confiée au soin des femmes. La lande qui s’étend jusqu’à Cazaux et Sanguinet sert de pacage pour le petit bétail, ovins ou petits bovins de race landaise. Les élevages plus importants sont amenés dans les prés salés.

La terre est pauvre, mal drainée. On y fait venir des céréales, surtout du seigle. La vigne se porte à merveille dans la région et produit des crus renommés, comme l’atteste la jurade de Bordeaux.  Ce vin est très apprécié des Bretons et des Anglais.

Le négoce du vin est fructueux, vers la Bretagne et l’Angleterre, ce qui accroit les activités du port du Caillaou, situé à l’Aiguillon, déjà bien occupé par les autres échanges, de bois, de produits résiniers, de céréales, dont l’importation s’avère nécessaire pour nourrir une population qui manque de ressources naturelles en raison de la pauvreté du sol. De plus, le port permet une large autonomie de cette partie du Bassin, qui peut vivre indépendamment de la ville de Bordeaux

L’Espagne est une autre destination habituelle des marins de La Teste, malgré les violentes tempêtes qui secouaient le golfe de Gascogne.

 La forêt est une source inépuisable de bois pour le chauffage et la cuisson des aliments. Ce sont les femmes qui se chargent, le plus souvent, de son ramassage. Cette même forêt, source du produit des résineux, représente également une manne financière importante. L’expédition plus lointaine des fruits de la forêt (bois d’œuvre, braicharbon de bois) se fait par voie maritime avec des navires venant au mouillage à l’Aiguillon, dans le Bassin même. Peu de marchandises étant amenées par ces navires, leurs cales sont lestées de grosses pierres ou galets qui, jetés à terre par-dessus bord, sont récupérés par les testerins pour les convertir en matériau de construction.

La pêche constitue la principale ressource de la paroisse. Elle est l’apanage des hommes. Il y a la petite pêche sur le bassin ; il y a la grande pêche sur le vaste océan. Cette dernière, très dangereuse, exige de franchir chaque jour les passes. Existe aussi la Péougue, ou pêche d’hiver, en haute mer. Les marins de la Péougue se regroupent en équipe  et utilisent la « chaloupe ». C’est une embarcation en bois longue de 30 à 33 pieds (soit 11 à 13 mètres) avec 13 hommes sont à bord : 12 rameurs et un pilote. Ces chaloupes naviguent à l’aviron et à la voile.

Femmes et enfants de pêcheurs tirent les filets et sont employés au charroi de la marée. Les produits de la pêche sont acheminés jusqu’à Bordeaux essentiellement par les femmes, les « argentières » en référence à la couleur argentée de leur marchandise, au moyen de chars à bœufs – ou bros – par voie de terre, sur des chemins en mauvais état permanent (ensablement, pas d’empierrage).

Il existe un Grenier à sel, géré par des agents royaux, receveurs de la gabelle, gabelle très impopulaire dans ce Pays où de nombreux habitants font un petit commerce sur le sel venu de Bretagne en échange des résines. Le sel est le seul moyen de conserver les aliments ; il est une denrée de première nécessité. Avec le sel, on fabrique des salaisons de poissons et de viandes. Il est également un élément nutritif indispensable pour le bétail.

Quelles sont les voies de communication?

Les voies de communication sont peu utilisées, si ce n’est par des commerçants, dont les attelages se trouvent fréquemment surchargés. Ces voies sont délabrées, sans véritable entretien. Elles n’incitent pas les représentants de l’administration centrale à se rendre au Pays, par crainte des maladies périodiques qui sévissent dans la région, et chacun redoute les accès de fièvre intermittente.

Quels sont les métiers ?

Les métiers rattachés à la vie maritime sont nombreux. Il existe plusieurs ateliers de construction de bateau, de tilloles, pinasses, chaloupes barques chasse-marées. On y rencontre toutes les spécialités : les charpentiers de marine, les forgerons, les calfats, les cordiers, et les menuisiers.Les métiers étaient pratiqués par tous, hommes, femmes, enfants.

De nombreux artisans et commerçants se concentrent au bourg : boulangers, tonneliers, vignerons, cabaretier, meuniers, charrons, tailleurs dont le père de Jean Hameau.

Plusieurs familles nobles, négociants, commissaire aux classes de la marine, receveur des fermes du roi, juge de paix, greffier, huissier, notaire, armateurs constituent la classe élevée de la société.

Quelles sont les conditions de vie ?

Les conditions de vie sont rudes. L’hygiène de vie est très réduite, les maladies sont fréquentes et mortelles, surtout chez les habitants éloignés du bourg. Nous y reviendrons dans les prochaines lettres.

Les soins rudimentaires sont assurés par quelques officiers de santé, un ou deux apothicaires, et des matrones. Les guérisseurs sont nombreux et s’appuient souvent sur les coutumes et croyances solidement suivies. Ainsi, la Fontaine Saint Jean est sollicitée pour prévenir et traiter les maladies des yeux.

Dans la 4éme parution « DEVOIR de MEMOIRE – la LETTRE,  JEAN HAMEAU et le PAYS DE BUCH » aura pour thème : 1789 :Jean Hameau et la Révolution Française à La Teste de Buch