Un patrimoine unique : la forêt usagère de La Teste de Buch

               Trois ouvrages essentiels sur la  forêt usagère

par Jean Dubroca

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            Après un  premier document sur le sujet : « La Grande montagne de La Teste » de Durègne de Launaguet paru en 1899, trois ouvrages contemporains semblent essentiels sur la connaissance de la forêt usagère.

1 : Jacques Ragot : « Etude sur la forêt usagère ou Grande montagne de la Teste de Buch ». (ADDU éditeur).

            C’est un travail considérable qu’a réalisé Jacques Ragot dans ce livre édité en 1986 par l’Association de défense des droits d’usage. L’auteur s’est attaché à développer les faits et jugements qui justifient le maintien des droits d’usage et la nécessité de les défendre.

            Après avoir décrit les caractéristiques géographiques du massif, Jacques Ragot cite des textes qui, de 1801 à 1984, décrivent les particularités de la flore de ce massif et tous les éléments qui en font « une beauté naturelle à protéger » ; « dernier vestige d’une forêt qui abrita les premières humanités » ; « une richesse semi-naturelle à protéger » ; une futaie-jardin » ; « un massif forestier sans équivalent sur le territoire national ».

            Il passe ensuite à l’historique du massif et explique l’origine de la distinction entre « Ayants-pins » et « Non-ayants-pins ». Puis il expose les différentes tentatives de « cantonnement » du territoire en 1863, 1894, 1977, 1984, ainsi que les essais de soumission au régime général forestier,  tous voués à l’échec. Après quoi, il définit en se basant sur divers textes juridiques, le droit d’usage du bois  « ni privilège, ni droit féodal, ni droit révolu ».  

            Après quoi, Jacques Ragot étudie le rôle des quatre syndics, deux pour les usagers, deux pour les propriétaires. L’évolution de leur désignation et de leurs pouvoirs depuis 1604 est suivie jusqu’en 1985 où un arrêt de justice confirme les règles de leur travail. Ce qui n’empêche pas les problèmes, tel le contentieux entre Gujan et La Teste qu’une éphémère commission syndicale ne réussira pas à régler, entre 1885 et 19O5.

            Vient alors un chapitre consacré aux quatre grands incendies dans la forêt. Le premier important date de 1822, le deuxième, très vaste, de 1898 et tous deux déclenchèrent un vif débat sur l’utilisation des bois brûlés. En même temps, l’auteur évoque les moyens utilisés pour combattre l’incendie et l’obligation pour les usagers de participer à la lutte.

            Les pages suivantes sont consacrées au règlement de l’utilisation du bois de chêne pour la construction et le chauffage. Fixée par la transaction de 1759, elle subira plusieurs modifications et il faudra un jugement de 1983 pour rappeler qu’il faut appliquer les bases de 1759. Autres règlements : celui qui concerne le pacage en général et celui, en particulier,  par les vaches sauvages. Ce dernier fit l’objet d’une série de procès pour savoir si ce pacage pouvait être permis sur l’ensemble du massif ou seulement sur les parcelles appartenant à leurs propriétaires. Non moins litigieuse fut l’application des droits de chasse avant la révolution et jusqu’en 1950, date à laquelle les propriétaires furent déclarés détenteurs de ce droit et de sa délégation, jusqu’à la remise en question de ce droit qui fut délégué au profit des associations de chasseurs. Autre problème : celui qui donna lieu à l’organisation de la circulation en forêt usagère, les propriétaires, en 1977 encore, voulaient l’interdire. Pas plus simple : la législation sur les clôtures qui interdit leur installation, interdiction confirmée par un jugement de 1976. 

            Tous ces problèmes donnèrent lieu à une multitude procès. Jacques Ragot en répertorie 42, entre 1792 et 1984. Une liste très intéressante car elle résume bien l’imbroglio juridique qu’a pu créer la longue histoire  de la forêt usagère.

            Le livre s’achève sur la toponymie des lieux : les « trucs » ; les « braous » ; les « hourns » et « les bats » tous des mots où Jacques Ragot voit « le dernier refuge du patois testerin ».  

            Jacques Ragot a complété son travail par une remarquable brochure parue en 1990 intitulée « Les espaces révolutionnaires ». Une intéressante synthèse sur les troubles, émeutes et révoltes  soulevés par les atteintes aux divers droits des usagers : 1639 : soulèvement contre une tentative d’installation d’un bureau du sel à La Teste ; 1659 : massacre par des habitants  de personnes soupçonnées d’avoir jeté un sort sur la forêt ; 1695 : tirs au fusil contre des gabeleurs ; 1989 : soulèvement contre les propriétaires qui voulurent vendre les bois brûlés à leur profit uniquement ; 1984 : soulèvement contre une vente de bois coupé par un propriétaire. Ce ne furent pas les derniers troubles, il y en eut notamment un en 1990 et un autre en 1993, toujours posés par des ventes de bois jugées illégales par les usagers.  

 2 : Fernand Labatut : «  Histoire des droits d’usage dans la montagne de La Teste ».  (Edité par la société historique d’Arcachon)

             L’intérêt de ce remarquable ouvrage d’un historien professionnel vient des précisions données à propos de chaque acte de  l’histoire de la forêt. Fernand Labatut les présente de manière exhaustive et solidement construite en y introduisant des références économiques ou politiques qui entrainèrent les nombreuses transactions, étudiées très en détail.  

            Le livre est présenté en deux grands titres. Le premier décrit le fil des transactions usagères sous l’ancien régime qui aboutissent, selon l’auteur, « à une inextinguible querelle ». Si bien qu’il faudra sans cesse renouveler « des transactions », notamment lorsque les captaux de Buch, pris dans la guerre de cent ans, doivent faire pour subsister, des concessions aux usagers. Durant la période 1468-1535, on assistera donc à « une  métamorphose de l’environnement » qui est décrite.  

            Suivra la transaction de 1604, la plus importante selon Fernand Labatut, car elle fixe les états d’ayants pins et de non ayants pins     ainsi que les conditions du gemmage qui déterminent l’attribution de la résine aux propriétaires. En même temps, elle garantit l’ouverture de la forêt à tous les usagers. Par la suite du XVIIe, il fallut encore une transaction en 1645 pour limiter l’appétit de Jean-Louis d’Epernon qui voulait s’attribuer tous les revenus de la forêt. Les notables propriétaires, une fois de plus, sauvegardèrent leurs droits que les troubles liés à la Fronde ne changèrent pas.

            Au XVIIIe, avec la Révolution, se joue, écrit Labatut, « le dernier acte de l’évolution de la propriété usagère dans la Montagne ». Elle s’établit, non sans mal,  à partir des transactions de 1746, 1759 et 1794 dont l’étude montre bien comment les droits seigneuriaux glissent définitivement vers ceux respectifs des usagers et de propriétaires. 

            Dans le second titre, « Forêts usagères et cantonnement au XIXe siècle », Fernand Labatut expose les diverses tentatives de partage de la forêt, compliquées par la création d’Arcachon sur la Montagnette. Mais, mis à part cette opération, l‘auteur démontre comment et pourquoi  ce partage échoua définitivement en 1863.

 3 : Robert Aufan : « La forêt usagère de La Teste des origines à nos jours». (Editions : Les établissements maison).

            Cet historien, spécialiste de l’industrie des produits résineux, explique qu’il a écrit ce livre d’abord parce que la forêt usagère reste encore mal connue des habitants, ensuite parce qu’il a participé à de nombreux travaux officiels de commissions qui ont étudié le sujet. Il explique ce qui l’a guidé durant tous ces travaux et qui est une position pleine de sagesse, surtout au moment où il va falloir replanter cette forêt. Il a souhaité  « que l’intérêt général de la forêt prenne le pas sur les intérêts particuliers, que l’on modernise sans en changer l’esprit son statut ancestral et que les décisions la concernant soient toujours prises à La Teste ». Malheureusement, constate l’auteur, ses idées ne furent pas appliquées. 

            Puis il définit  ce qui fait l’originalité du massif forestier :

            – une originalité géographique car c’est une forêt naturelle

            – une originalité historique, d’après son statut

            – une originalité botanique par la richesse de son sous-bois

            -une originalité sociale par le partage des droits.

Mais il souligne la fragilité de cet ensemble, « menacé de toutes parts à cause de la division entre deux blocs, l’un privé, l’autre communal».

Suivent quatre grands chapitres :

  1. Le cadre géographique de la forêt.
  2. La Montagne au XXe siècle.
  3. Le statut d’usage.

Par la suite, on parvient aux parties les plus originales de l’ouvrage car elles concernent le gemmage et l’utilisation des produits résineux, puis tout ce qui concerne l’évolution actuelle des problèmes de la forêt usagère. À savoir : l’évolution du statut de l’usager, l’évolution du cantonnement de 1963 à 1965 et  les interventions des politiques et des administrations de 1985 à nos jours.

            En conclusion, Robert Aufan se demande « ne faut-il pas aller vers une nouvelle transaction ? ».

            Face à la complexité du problème qui se pose désormais devant la destruction de la forêt et sa reconstitution, n’est-ce pas là la voie qu’il faudrait suivre de façon à éviter la cascade de procès qui, en cas de statu quo,  pourrait s’ouvrir ?  

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