Gasconismes « conservés » à usage des « estrangeys »

PAR CHARLES DANEY

On appelle Gasconismes des mots, des expressions, des tournures de phrases qui sont dérivés du gascon et que les habitants de Gascogne continuent à dire pour les avoir souvent entendus en famille ou dans leur pays.

Ces mots, expressions, tournures ont pourtant été combattus par les professeurs venus en Gascogne pour enseigner la langue française telle qu’elle doit s’écrire et se dire. Malgré Desgrouais (Les Gasconismes corrigés, Toulouse, 1766) ou J.B.L. (Gasconismes corrigés particuliers au département de la Gironde, Bordeaux, 1823) dont nul ne doute qu’ils furent de bons professeurs, il nous arrive d’en entendre encore tout autour du Bassin.

Ce sont ces gasconismes là – des gasconismes conservés, qui sont un peu notre héritage linguistique – que nous voulons relever afin d’en instruire les « estrangeys » qui ne sont autres que ceux (les inconnus) qui viennent, l’été, fréquenter le Bassin et ne comprennent pas toujours ce qu’ils entendent. Si venir de suite au lieu de tout de suite est un gasconisme, solutionner au lieu de résoudre est une faute de français créée par les medias. N’est pas toujours puriste qui veut l’être.

 

Exemples

 

Ton père va venir te chercher, c’est l’heure de la débauche. Plie tes affaires, je reviens de suite et n’oublie pas ton quatre heures dans la poche.

Adieu : substitut d’adishats (qui est un au-revoir), s’emploie dans les deux sens de bonjour et d’au revoir : « tiens, adieu je ne savais pas que tu devais venir . Tu t’en vas déjà, eh bien, adieu. On dit adieu à ses parents en partant à (pour) l’école, même si on reviens une heure après. Plus familier qu’au revoir.

Plier ses affaires : On plie ses affaires à la fin de la classe quand on les met dans son cartable pour les ranger. Vient de plega (ployer, envelopper) « Plega lo cos » : envelopper un mort dans un linceul (le drap) (abbé Foix). Plier ses affaires (plumes, crayons…) c’était les placer sur un tissus que l’on replie sur les outils à la façon d’un étui de serviette.

Cf. plègue, action de plier bagage, de ramasser un étala ge de marchandises cf Simin Palay.

 

La débauche (le contraire de l’embauche). Le mot existe en patois (pour le utavail : la desbàuche : « débaùcha un obrè » : détourner un ouvrier de son travail) (abbé Foix). Travailler se dit trabailha ou oubratya. Il n’y a pas d’indication d’heure qui est affaire d’usine. Le mot existe dans le Palay mais il est tardif. L’heure de l’embauche est un terme français ; le gascon a inventé le sien.

Poche, pour le sac en papier dans lequel le commerçant place vos achats. Est indiqué comme sac dans le Palay.

Quatre heures, Collation = goûter – en gascon, lo gousta. Quatre heures ou collation ne viennent pas du gascon mais de déformations du français. Ha une goustadère veut dire goûter u pla (Palay)

Pan ailhat : frottée à l’ail, goûter des écoliers. Prendre une baguette, lenduire d’huile et de sel puis frotter sur le pain une ou plusieurs gousses d’ail.

Une femme qui travaillait dans la vigne sortait sa frottée à l’ail lorsque son mari est intervenu ‘à bous aoutes, hemmes faou tout jamey friandises »

 

Amasse : une amasse, c’est un tas (amasser : mettre en tas) un ensemble (l’amasse), L’amasse, c’est, pour le résinier, la dernière cueillette de résine, qu’il fait à l’automne en raclant sur la care tout ce qui reste) . C’est encore un ensemble de personnes (touts amasse, tous ensemble) D’où le terme qu’on trouve encore d’amasser les feuilles mortes, par exemple.

 

Cramé : de cramat : brûlé, roussi  « la madère qu’es crasme » : la suie de la cheminée a brûlé. « Ha cramà palhe » : faire brûler la paille (par extension, les ordures – le bourrier), la cramade étant le brûlis, le feu mis à la montagne pour avoir de l’herbe nouvelle. (Simin Play). On trouve aussi le bourrier qui crame. Le bourrier est un gasconisme disparu des dictionnaires gascons mais qu’on trouve pour être critiqué des gasconismes de 1823 :

« Bourrier n’est pas français : dire fumier, balayures, ordures, boue, bourbier, crotte, immondices. On trouve cette expression au pluriel dans la neuvième édition du dictionnaire de MM. De Wailly, pour signifier pailles qui se mêlent au blé» (Gasconismes de 1823) Faut-il rapprocher les bourriers de la bourre ?

Devenu populaire de nos jours sous le nom de déchetteries (toujours signalées par des panneaux au bord des routes)

 

Accoucher : deux expressions « incorrectes » viennent du gascon (Arnaudin)

Cette femme a accouché (au lieu de est accouché) du gascon ha bade

Cette femme s’est accouchée qui vient du gascon s’acoutcha

 

Rapiat

Mis pour accapareur, avare est du pur gascon : arrapiayre. Une bonne expression pour l’avare: caga dap la méytat deou cu.(Arnaudin). L’abbé Foix donne 24 mots d’abare à cague-lan ou crassous.

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