La Lettre de Jean Hameau #4#

Association des Amis de Jean Hameau

Présidente : Mme Michelle Caubit ; Secrétaire : M. Jean Marie Chabanne

DEVOIR de MEMOIRE – la LETTRE   JEAN HAMEAU et le PAYS DE BUCH  
 Mars 2021.  Numéro 4 

Plusieurs amis nous ont fait part de leur intérêt pour cette lettre – devoir de mémoire – et nous ont encouragé à poursuivre. Vous nous avez aussi donné des informations complémentaires bien utiles pour mieux comprendre ce passé recherché.

Ainsi, Michelle Caubit nous adresse ces compléments d’information sur la résine.

-Résinier n’était pas, dans la pratique,  un métier d’homme mais un métier de couple.

-La résine était transportée puis transformée dans une usine dans laquelle étaient extraits la colophane et l’essence de térébenthine qui étaient expédiés dans le monde entier. Cette usine, qui se trouvait à La Teste, employait beaucoup de monde.

-Accidentellement, un résinier mit le feu à une tosse, grand récipient en pierres ou en briques, recouvert d’un toit en planches, où on recueillait l’amasse de résine. On s’aperçut que cet amalgame de résine brûlée pouvait avoir une autre utilité. C’est ainsi qu’on découvre le brai ou goudron qui servait à calfater les bateaux. Le goudron (autrement appelé colta) servit surtout à faire les routes goudronnées, ce qui était tout à fait nouveau à cette époque. Cette découverte augmenta la richesse des propriétaires de pins notamment celle du beau père de Jean Hameau, Monsieur Jean Fleury.

Ce 4éme numéro a pour thème :

1789, Jean Hameau et la Révolution Française à La Teste de Buch

Dans la décennie qui vient de s’écouler, les récoltes se sont avérées moyennes, voire faibles. La misère s’installe, la natalité baisse, la mortalité augmente, surtout infantile, rares sont les grandes familles, nombreuses sont les femmes mortes en couches. La Teste est la ville la plus peuplée, la plus dynamique du bassin. Les deux routes, celle venant de Bordeaux et celle venant des Landes, se rejoignent sur ce qui reste du tertre du château. Le bourg s’est étoffé, 2000 habitants et 400 maisons, certaines serrées autour de l’église, les autres dispersées, en fonction des ruisseaux et crastes. Les magasins et entrepôts sont bâtis autour des quartiers de Labie et du Saubona. Les habitants et les notables décideurs se réunissent généralement le dimanche à l’issue de l’office. Les Bougès sont réputés pour leur entêtement et leur courage.

Jean Hameau va avoir 10 ans. Il n’apprendra que longtemps après sa naissance, de la bouche de son père vieillissant, qu’un premier fils était né, en août 1778, déjà prénommé Jean, rapidement arraché à sa famille par une maladie fulgurante. Un autre Jean naquit sept ans après lui, mais il décéda très vite aussi. Ses parents eurent d’autres enfants, neuf au total, dont le dernier, une fille, en 1791. Seuls deux d’entre eux, atteignirent l’âge de 20 ans, Marguerite l’aînée et Jean. Le logement devint rapidement trop petit, avec un atelier en expansion et la famille qui s’agrandissait. André et son épouse décidèrent alors d’acquérir une nouvelle demeure, de l’autre côté du chemin, maison où Jean allait passer la plus grande partie de sa vie. Jeanne, sa mère, effectuait ses nombreuses charges sans la moindre plainte, sans alléguer un peu de fatigue. Elle chantonnait sans cesse. Elle était la gaieté même, contrastant avec le caractère renfermé de son mari. Fréquentant les maisons bourgeoises, nobles parfois, André, analphabète, voulut donner à ses enfants une éducation semblable à celle qu’il rencontrait dans ces milieux socialement élevés, d’où ce vouvoiement qu’il  invita ses enfants à observer à son égard.

Enfant de constitution délicate, toutes les maladies de cet âge trouvaient en Jean un terrain favorable, mais cela n’entravait nullement son développement, ni physique ni intellectuel. L’enseignement des enfants avait lieu dans deux classes, l’une pour les filles, sous la férule d’Elisabeth Isabeau, et l’autre, celle des garçons, à la charge d’un homme, Pierre Baleste. Marguerite et Jean suivaient les cours de catéchisme dispensés par monsieur le curé, Jean-Baptiste Larchevêque, arrivé à La Teste en septembre 1782. Une grande complicité va les unir, Jean, tout jeune enfant, et le prêtre qui se rendit bien vite compte de ses vives dispositions intellectuelles. Monsieur Larchevêque l’initia au latin et Jean trouva, dans ces textes anciens, la rigueur de la pensée, la méthode de raisonnement indispensable à la connaissance des choses et des faits qui l’interpellaient.

Vinrent l’été 1789 et les évènements politiques qui entraînèrent de grands bouleversements dans l’organisation sociale de la ville.  Un cahier de doléances avait été rédigé dans toutes les paroisses du Pays de Buch, comme dans toutes les provinces. Il contenait les revendications des testerins, pauvres pour la plupart, surtout les résiniers, ouvriers agricoles, paysans, sauniers et pêcheurs. Le maître parla de ces doléances qui portaient essentiellement sur le développement de l’agriculture. Le seigle représentait la plus grande part des céréales, d’où provenait le pain noir. Mais la quantité cultivée était insuffisante. Des vignes étaient réparties dans la paroisse, ainsi qu’au centre de La Teste. Leurs surfaces étaient beaucoup plus importantes que celles  cultivées en blé ou maïs. André Hameau appréciait ce vin qu’il disait très agréable au goût, et le comparait volontiers à celui de sa région d’origine, de l’autre côté de la Garonne, là où se trouvait le berceau de la famille Hameau. Cependant ce déséquilibre agricole amenait les testerins à dépendre des paroisses voisines pour assurer la subsistance, et même de l’extérieur, de Bretagne principalement. Il craignait qu’un jour on ne soit plus en mesure de fournir du pain à toute la population.

On réclamait la protection du commerce local et des propriétés menacées par le sable. La peur de l’envahissement sableux entraînait une demande de mesures pour stopper ce danger. On espérait que les pins semés sur les dunes permettraient de protéger la paroisse définitivement.

On demandait l’assèchement des marais ce qui aurait entraîné une extension des zones de culture, la réparation du chemin de Lamothe emprunté par les livreurs d’aliments emportés vers Bordeaux, essentiellement des poissons, et la reconstruction des 3 ponts de bois sur la Leyre.

On s’opposait à la création d’un magasin à sel, on voulait empêcher la libre-entrée des vins étrangers qui nuisaient au développement de la vigne locale.

On refusait la réalisation des viviers de poissons sur les bords du bassin, qui portaient grand tort aux marins et aux pêcheurs.

Beaucoup, parmi les plus fortunés, exigeaient l’égalité devant l’impôt, estimant que le poids des prélèvements leur était insupportable. Il s’agissait essentiellement de négociants et de propriétaires ayant-pins. Les impositions royales à La Teste étaient un tiers au-dessus de leur taux naturel.

Jean aimait observer la nature, les habitudes des habitants, la spécificité de leurs travaux. Les multiples bouviers conduisaient leurs chariots qui creusaient, dans les chemins étroits, des ornières profondes. Ils prenaient en convoi la route de Bordeaux, pour y livrer la résine. On en comptait plus de deux cents parfois qui s’ébranlaient dans un bruit assourdissant, au milieu des cris et des crissements de roues, entraînés lentement par deux bœufs. Celui de droite répondait au nom de Martin, celui de gauche était dénommé Jouan. Ces convois n’atteignaient Bordeaux qu’au bout de deux jours d’un trajet entrecoupé d’une nuit de repos après avoir franchi la Leyre, dont les ponts n’offraient guère la garantie de solidité souhaitée. Des voituriers, dans leurs attelages tirés par des chevaux robustes, transportaient les personnes vers Bordeaux dans une même journée.

En parcourant la campagne, Jean Hameau rencontrait des élevages épars, surtout de moutons et de brebis, gardés par des bergers montés sur leurs tchanques, ces échasses qui permettaient de voir au loin. Les porcs étaient petits, noirauds, et leur lard venait agrémenter la nourriture souvent frugale des forestiers et des paysans. Les petites vaches sauvages erraient dans les dunes et  s’échappaient quand on voulait les approcher. Les mules servaient à transporter le bois des forêts vers le bourg et vers le port où il était embarqué. Des ruches bourdonnaient au milieu des arbres, aux abords des maisons, donnant, outre le miel, de la cire pour les bougies.

Les marins fêtaient joyeusement leur retour sur la terre ferme, consommant allègrement les boissons servies dans les cabarets du village ou dans ceux qui avoisinaient le port du Caillou.

Le 14 juillet, ce fut la prise de la Bastille à Paris.

 On apprit les manifestations, les exactions du peuple qui avaient secoué Paris, mais il n’y eût pas de troubles conséquents dans le Pays de Buch, lorsque la nouvelle de la Révolution arriva avec un certain retard à La Teste, sinon quelques rassemblements autour de l’Eglise. Jean poursuivait ses jeux avec ses camarades, et n’était point conscient des changements en train de s’esquisser dans son village tranquille. Il écoutait son père, la famille réunie autour de la cheminée, raconter ce qu’il avait appris de ses visiteurs, fournisseurs ou acheteurs, dont les révélations ne semblaient nullement corroborées par les faits observés à La Teste. Reflétaient-elles la situation réelle de ce qui se passait à Paris ? Le pouvoir était bien loin.

En réalité la Révolution fut accueillie plutôt favorablement par la population. Très peu de personnes savaient lire, et le père de Jean le premier. Seuls les notables, les instituteurs, le curé et les quelques personnes qui comprenaient et lisaient la langue française, pouvaient s’informer dans les journaux qui parvenaient. Il était également possible de suivre les évolutions des évènements politiques, à travers les propos de monsieur le curé lors du rassemblement dominical. Ses paroles ne pouvaient être que le reflet de la vérité. D’autres informations étaient transmises par l’aboyeur, sur la place principale de la ville et par affichage sur les portes de l’Eglise. Les poissonnières, qui se rendaient journellement à Bordeaux avec leurs chevaux ou leurs mules, rapportaient ce qui se disait à la ville et les bruits qui s’y propageaient.

Le 2 août 1789, La Teste se donna un régiment patriotique. Les volontaires affluèrent, le commissaire aux classes de la marine, de Romefort, accéda au grade de colonel du régiment et Taffard de la Ruade reçut le grade de major.

Trois députés sont désignés par l’assemblée des chefs de famille pour participer à l’assemblée générale de la Sénéchaussée, lieu où se tenait le tribunal d’un sénéchal, officier royal de justice : les négociants Gérard Cravey et Marichon jeune et le notaire Baleste-Marichon.

Le 6 septembre 1789, l’assemblée se réunit à nouveau et les testerins élirent les officiers municipaux par acclamation : Turpin aîné, Gérard Cravey, Pierre Cravey fils, son neveu, Jean Meynié et Pierre Daysson aîné, furent choisis pour administrer la première municipalité.

Le 12 novembre 1789, l’Assemblée nationale constituante décrète qu’« il y aura une municipalité dans chaque ville, bourg, paroisse ou communauté de campagne ». La municipalité devient la plus petite division administrative en France. Les premières élections municipales ont lieu en février 1790,

Le 7 février 1790, est élu le premier maire de La Teste, à l’issue d’une réunion agitée et tumultueuse « des citoyens actifs » dans l’Eglise de La Teste (les citoyens actifs devaient payer une imposition équivalente à au moins 3 journées de travail, le salaire d’une journée de travail étant évaluée à 20 sols). C’est Etienne Turpin qui fut élu et proclamé maire. Le mandat est de 2 ans non renouvelable.

Le 6 avril 1790, les 132 habitants de la paroisse de Cazaux demandent que leur hameau soit rattaché à la commune de la Teste.

Le 14 mai 1790, l’Assemblée constituante décrète la mise en vente des biens du clergé. Les adjudications eurent lieu à La Teste avec un an de retard. Ces biens, dont Notre Dame des monts et ses dépendances, étaient la propriété de la fabrique de la Teste de buch. La fabrique rassemblait les décideurs qui assuraient la responsabilité de la collecte et l’administration des fonds et revenus nécessaires à la construction puis l’entretien des édifices religieux et du mobilier de la paroisse ; ses revenus provenaient des quêtes, offrandes, dons en nature, loyers et fermages, legs mais aussi de la location des places de bancs dans l’église qui fournissaient un revenu régulier.

Le 14 juillet 1790, la commune entière célébra la Fédération, dans la joie, la fraternité  et la foi, après messe et sermon du curé, JB Larchevêque. Des changements vont être imposés au clergé par les dirigeants nouveaux. Monsieur le curé expliqua que les prêtres étaient mis en demeure de prêter un serment de fidélité au nouveau pouvoir, ce qu’il fit sans hésiter. Il intégra la nouvelle municipalité. Devant l’étonnement, l’hostilité même, que cette prise de position engendra parmi la population, il quitta La Teste pour rejoindre Bordeaux, ce qui lui valut le siège de vicaire métropolitain de Bordeaux.  Il dut arrêter de faire découvrir à Jean Hameau les richesses du latin, cette langue qui semblait être l’apanage des prêtres, une sorte de langue secrète que, seuls, ils entendaient. Jean vécut douloureusement ce départ.

L’église Saint Vincent, fermée au culte catholique, devint une salle de réunion, accueillant la population à la demande des autorités. Des biens de l’Eglise sont vendus, des objets du culte, du mobilier, le linge et même des murs. Ce fut le cas du prieuré de Notre Dame des Monts, qui se trouvait à l’orée de la forêt, vers le couchant. La chapelle, bien ébranlée par l’avancée des sables, devenue bien national, fut achetée par Cravey jeune, ardent révolutionnaire, qui la fit démolir et réutilisa les pierres à son profit.

Le 14 novembre 1790, on procéda au renouvellement des officiers sortants, tirés au sort, dont Turpin, Meynié et Moureau. Le conseil devant être renouvelé par moitié tous les ans. Pierre Cravey jeune  fut élu président et nouveau maire de La Teste.

Dès la fin de 1790, l’opposition des bourgeois s’organisa et le 3 janvier 1791, Les Amis de la Constitution de La Teste fut créée par des catholiques fervents dont Peyjehan aîné président, Cravey fils et Baleste-Marichon secrétaires. Ils s’affilièrent  à la société de la Liberté et de l’Egalité de Bordeaux, et par son intermédiaire, aux Jacobins de Paris. Etienne Turpin fut nommé juge de paix.

Le 8 juin 1792, fut construite une batterie sur la dune de la Roquette qui dominait la passe sud, batterie commandée par le major Taffard de la Ruade.

Le 14 juillet 1792 fut célébrée la Fête de Fédération ; on planta un arbre de la liberté, en face de l’autel de la patrie. Le nouveau curé abdiqua à son tour ses fonctions de prêtre pour devenir simple citoyen. Le poste de maître d’école à Gujan lui fut confié. La Teste devait rester privée de prêtre pendant trois ans.

A Paris un nouveau régime, la Convention, s’installa, et gouverna du 21 septembre 1792 à octobre 1795. Cela ne se passa pas sans douleur, Montagnards et Girondins se partageant le pouvoir à tour de rôle. A La Teste, les conflits n’allèrent pas jusqu’à l’affrontement physique, mais on ne se ménagea pas. C’est vers cette époque que le calendrier, auquel les habitants étaient habitués depuis toujours, changea et fut remplacé par un calendrier républicain, dit calendrier décadaire.

A compter du 22 septembre 1792, les actes publics vont être datés de l’an Un de la République, comme si la vie du pays commençait soudainement par la volonté de quelques-uns. On parlait de décades, et non plus de semaines, ce qui bouleversait les habitudes de tout le monde. Beaucoup continuèrent à respecter le repos du dimanche et leurs dévotions religieuses, malgré les perturbations.

16 décembre 1792, renouvellement bisannuel de la municipalité. De nouvelles élections municipales réunissant les citoyens actifs furent organisées dans une grande confusion, chaque camp s’estimant vainqueur. Le directoire du département cassa cette élection qui fut réorganisée le 30 décembre, en présence de 383 citoyens actifs. Ce vote consacra la victoire des Amis de la Constitution,  dont les sympathies étaient Girondines. Ce fut Jean Fleury ainê, 25 ans,propriétaire forestier et négociant important, qui fut élu président de cette assemblée. Elle signifia la victoire des ayant-pins, donc des propriétaires.

Le 21janvier 1793, se répandit la nouvelle de l’exécution du roi Louis XVI, mort sur l’échafaud dont il avait autorisé l’utilisation quelques mois plus tôt. La population de La Teste n’accueillit pas la nouvelle avec une profusion de manifestations festives ; nombreux regrettèrent cet acharnement à punir de mort le roi qui incarnait le pays, investi de droit divin.

En avril 1793 fut créée par les Non ayant-pins, la Société des Hommes libres, menée par Pierre Desgons et Pierre Cravey jeune, fortement opposés à la municipalité dirigée par les ayant-pins. La misère s’accentua à La Teste, la famine aussi, le problème de nourriture devint majeur.

Le 6 mai 1793, fausse alerte d’une importante attaque des anglais sur la côte.

Combats idéologiques et doctrinaires censés servir le bonheur d’un peuple qui ne demandait que paix et alimentation suffisante, alliances nouvelles vite dénoncées, s’achevaient bien souvent sous la lame de la guillotine parisienne. Montagnards et Girondins se livraient une lutte farouche dans la conquête du pouvoir. Bientôt les provinces vont s’embraser. Les Montagnards semblent en situation de prendre fermement les affaires en main. Le Comité de Salut Public envoie dans les grandes villes des missionnaires du pouvoir central afin de réduire les résistants Girondins. Et c’est au farouche Jean-Lambert Tallien, membre du Comité de sûreté générale, qu’échoit la tâche de réduire les partisans Girondins de Gironde. Tallien arrive à Bordeaux en octobre 1793, accompagné d’Ysabeau. La guillotine est dressée place Dauphine, rebaptisée place Nationale depuis la Révolution. Les exécutions capitales se multiplient. Plusieurs médecins et chirurgiens seront guillotinés parmi les quelques trois cents Bordelais dont la tête va tomber. Jusqu’à ce que la toute récente maîtresse de Tallien, Theresa Cabarrus, emprisonnée pour ses supposées opinions politiques, l’incite à plus de clémence, au grand soulagement de la population bordelaise. Tallien envoie des représentants dans tout le département. Tout cela nous est rapporté par les intrépides poissonnières.

Au milieu du mois de décembre 1793, l’automne finissant éclaire les bords du bassin d’une douce clarté, dès le lever du soleil. Une légère brume s’étend sur la forêt, et semble grignoter les nombreux marécages qui la parsèment. L’atmosphère est à l’apaisement, l’ambiance est redevenue paisible dans la bourgade de La Teste de Buch, bien isolée au milieu des landes et des marais, séparée de l’océan par des dunes hostiles et au tracé variable. La surprise est grande de voir Couci, procureur de la République de La Réole, et Calbeyrac, capitaine d’infanterie, surgir dans l’église Saint Vincent, où se trouve rassemblée la population masculine.  Les envoyés de Tallien viennent vérifier les accusations portées par les Montagnards de la Société Populaire des Hommes Libres contre certains membres actifs de la gestion municipale. Jean Hameau, 14 ans, accompagne son père, et assiste, horrifié, à ce déchaînement de haine qui conduit quelques fanatiques à réclamer la tête de pacifiques habitants de la cité, si éloignée de Bordeaux, et encore davantage de ce Paris effervescent. Le tout jeune homme qu’il est, ne peut comprendre  l’acharnement des forcenés Montagnards qui exigent, ce jour-là, que leur soient livrés, sur l’heure, les Testerins soupçonnés de soutenir les thèses girondines. Les Hommes Libres paraissent en mesure d’obtenir les têtes demandées. Mais Jean Fleury, qui a repris son mandat de maire après une courte interruption, prend la parole, s’affirme républicain résolu, réfute avec grande éloquence les dénonciations injustifiées. Au péril de sa propre vie, il réussit à tenir tête à Couci et Calbeyrac. Après des heures et des heures de palabres tendues, il obtient qu’aucun citoyen ne soit livré, et, suprême victoire, qu’une grande réconciliation réunisse tout le monde lors d’un repas pris en commun, dans la joie et les chants. Cette réunion houleuse et heureusement clôturée, aura fait tout de même une victime. Bertrand Bacque, médecin, gendre d’Etienne Turpin, est arrêté puis, après présentation devant la commission militaire, guillotiné, pour avoir fondé un club des Amis de la Constitution.

Effrayé par cette folie barbare, Jean Hameau se fait alors le serment que jamais il ne cèdera à de telles outrances et qu’il sera  désormais fidèle au seul pouvoir à ses yeux licite, celui de droit divin. Resteront fixés dans sa mémoire ces deux jours de folie qui ont vu s’affronter des hommes subjugués par des idées dont les motivations semblaient bien éloignées du seul bien-être de l’homme. Pourquoi imposer des règles partisanes à un peuple qui désirait avant tout vivre le mieux possible, sans misère et en bonne intelligence ? Sur le chemin du retour, Jean marche en silence auprès de son père, cet homme que tous respectent ici et fier comme pas un d’en être le fils. Le chemin n’est pas long de l’Eglise jusqu’au foyer familial, mais il voudrait que ce trajet n’en finisse plus, tellement il éprouve un sentiment de sécurité, tellement il est certain que rien ne peut lui arriver, protégé par son père, quels que soient les soubresauts qui agitent ces hommes en folie.

Le 20 prairial 1794 an II, (mai) on célèbre pour la première fois la fête de l’Etre suprême. Le cortège se déploie à travers la ville, fait une halte sur chaque place et se termine à la ci-devant église saint Vincent, proclamée temple de l’être suprême, dénommée aussi temple décadaire depuis l’instauration du calendrier républicain. S’agissait-il d’une sorte de nouveau Dieu, conçu par les hommes au pouvoir ? Rappelait-il les Dieux de la Rome antique ? se demandait Jean Hameau.

La chute de Robespierre et son exécution sur l’échafaud le 9 thermidor an II (27 juillet 1794) éloignait définitivement la Montagne du pouvoir.

Cette fin d’année 1794 et les premiers mois de 1795 sont marqués par la famine et la recherche de céréales dans les communes voisines et au-delà. La guerre des grains prendra fin avril par le rétablissement de leur libre circulation entre Le Teich et La Teste.

Lettre numéro 5 sera intitulée : 1795 – 1800, vie apaisée dans le Pays de Buch et études médicales de Jean Hameau à Paris.

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